Faites l’amour, mais lentement
Photo http://www.flickr.com/photos/mhrabovsky/
Résumé d’un article lu sur http://www.slate.fr/
Un petit coup vite fait sous la douche histoire de maintenir la moyenne? Vous êtes tellement dernier siècle les gars! Si vous voulez être dans le coup, justement (et donc potentiellement un bon coup), le truc, aujourd’hui, c’est le Slow Sex. A pratiquer sans hâte et sans modération. Dans sa version décontractée, ça donne: on coupe les portables (parce qu’il paraît qu’une personne sur 5 s’interrompt pour répondre à un texto ou au téléphone quand elle fait l’amour…), on oublie la performance, on est à l’écoute de l’autre et on prend son temps (l’occasion de rappeler une différence majeure entre les hommes et les femmes: ces dernières ont en moyenne besoin de vingt minutes pour atteindre leur pic d’excitation contre dix minutes pour les premiers…). Bref on oublie tout ce que l’industrie du porno et des sex-toys peut véhiculer et on pratique la «décélération érotique» chère à Alberto Vitale, l’homme à qui l’on doit l’expression «Slow Sex», utilisée pour la première fois en 2002 en Italie.
Le Slow Sex à la pointe du Slow Mouvement
S’il peut sembler croustillant et anecdotique, le Slow Sex est en réalité l’une des nombreuses manifestations d’un phénomène plus large: le Slow Movement, ou l’éloge de la lenteur. Vous avez sans doute déjà entendu parler du Slow Food, fondé en 1986 par un sociologue italien (l’Italie étant manifestement le berceau de la lenteur épicurienne) en réaction aux fast-foods et autres chantres de la malbouffe et de la standardisation des goûts, qui compte aujourd’hui plus de 82 000 membres (dont 2000 en France) et qui milite pour le «manger bon, propre et juste» en privilégiant les traditions régionales culinaires et les produits locaux et de saison.
Le Slow Food http://www.slowfood.fr/france a lancé le mouvement. Mais connaissez-vous le Slow Travel ? Le Slow Parenting ? La Slow Fashion ? Le Slow Design ? Là, vous vous dites, le doigt sur la souris de votre ordinateur, en râlant parce que votre connection Internet ne charge pas assez vite la page, «ok, c’est bien, mais est-ce que tout cela ne relève pas finalement du bon sens?» Sans doute… Privilégier la qualité, laisser le temps aux enfants de rêver, de jouer, et tout simplement de s’ennuyer, pour mieux se construire, décider qu’on n’a pas besoin d’un énième t-shirt capsule Uniqlo ou d’un énième petit haut Zara… le Slow Movement revient à faire du neuf avec du vieux et à donner des conseils de bon sens. Et alors ? Dans nos sociétés modernes essoufflées, droguées à l’activité et à la vitesse, c’est finalement plus difficile à faire qu’on ne veut bien se l’avouer. En nous forçant à revisiter nos modes de vie, en particulier nos modes de consommation, la crise économique a donné un second souffle à l’Eloge de la lenteur, le best-seller de Carl Honoré, le journaliste canadien qui a théorisé le «Slow» il y a cinq ans. http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2501044878/lutaze-21%20
Bientôt la Slow Politique?
Ca commence à se traduire dans certains discours politiques, chez les Ecologistes depuis longtemps bien sûr, chez les adeptes de la décroissance, mais aussi d’une façon plus récente par exemple quand Martine Aubry déclare «Nous devons inventer le post-matérialisme». Et même, mais là je vous l’accorde je vais le chercher loin, quand Jean Sarkozy renonce à briguer la tête de l’Epad, ne peut-on pas y voir une philosophie (pour une fois) aux antipodes de celle de son hyperprésident de père ? Une philosphie que l’on pourrait résumer par le fameux proverbe chinois: «Ne vous inquiétez pas d’avancer lentement ; inquiétez-vous seulement si vous êtes arrêté.»
Laure Watrin
lire l’article intégral
http://www.slate.fr/story/12185/faites-lamour-mais-lentement
et sur http://slowmouvement.wordpress.com
L’éloge de la lenteur est aussi celui du temps indispensable à la réflexion et à la délibération. Chacun à son mot à dire pour amélioration sa cité, et connaître les avis de chacun requiert un temps considérable : « La démocratie comme l’éducation a besoin de lenteur ». Et puis il y a des choix qui demandent plus de maturation que d’autres. L’écologie, par exemple, n’est pas un domaine à l’échelle du temps individuel, mais à celui de la planète. A nous de savoir prendre le temps de l’écouter.
Pour ce faire, une « slow city » ne peut être une mégalopole. A son échelle, une grande ville n’est pas compatible avec les capacités humaines de communication, de perception et de déplacement. C’est pourquoi chaque « slow city » doit obligatoirement comprendre moins de 60 000 habitants. Invraisemblable, quand on connaît l’accroissement démographique annuel des grandes agglomérations. A nous, alors, de prendre nos responsabilités et de prôner la politique de la lenteur. Après l’urbanisation, voici venu le temps de la relocalisation.
Alors va doucement mon gars !