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Freud et le Bouddha, le face-à-face

Extraits d’une interview lue sur Le Temps

Le psychanalyste lausannois Eric Vartzbed, ancien mécanicien et champion de motocross, se livre à une analyse comparée de deux voies très fréquentées dans la quête du bonheur.

Quels sont les points communs entre le zen et la psychanalyse? On vous l’accorde, la question ne s’impose pas comme des plus urgentes. Pourtant, en lisant l’élégant ouvrage du psychothérapeute et psychanalyste lausannois Eric Vartzbed, on se rend compte qu’on se trouve au cœur d’une préoccupation très contemporaine – comment être heureux? Et que le divan comme le bouddhisme sont des voies très fréquentées pour y répondre.

– Dans votre livre, vous parlez aussi du bouddhisme comme d’une «cure». Est-ce cela qui vous a amené à vous y intéresser?

– Oui, je cherchais un point de vue extérieur sur ma discipline, pour éviter de réciter un catéchisme freudo-lacanien. L’aspect le plus intéressant du bouddhisme, à mon avis, est qu’il propose une méthode pour guérir la souffrance humaine. C’est une démarche très empirique, où il ne s’agit pas de croire, mais de faire des expériences.

– Tout de même: la réincarnation, la spiritualité?

– Au cœur du bouddhisme, il y a la méditation. Face aux spéculations sur l’au-delà, le Bouddha répondait par un noble silence.

– Le zen suppose de «renoncer au sacré», écrivez-vous: on est à l’opposé de la religion?

– Très loin, oui. Le chrétien traite sa souffrance par l’imaginaire et le sens, l’identification au Dieu incarné qui dépasse sa souffrance dans la résurrection. La thérapeutique bouddhiste propose au contraire de se dégager de tout sens, de toute croyance, de toute idéologie. De tout ce qui, en fait, relève de la représentation. L’idée est de libérer la perception, d’être simplement en contact avec ce qui est. C’est ce que j’appelle un scepticisme sensualiste. Finalement, on a davantage affaire à une hygiène qu’à une religion. C’est ma vision des choses bien sûr. Mais elle est étayée.

– La quête de sens n’est-elle pas aussi au centre de la cure psychanalytique? Qu’est-ce qui vous fait dire que la psychanalyse, comme le zen, vise à s’en détacher?

– Il y a des étapes dans une analyse. Mais le but est bien d’arriver à décoller de son fantasme, à se libérer de la croyance que l’on s’est forgée sur ce qu’il faut être, à ne plus être figé dans une représentation. Il y a des moments magnifiques dans une cure. Lorsque ce décollement opère, c’est un peu comme dans Les Ailes du désir, le film de Wim Wenders: on passe du noir et blanc à la couleur, le vivant circule à nouveau. La grande différence avec le zen, c’est que ce décollement s’opère ici grâce au langage plutôt que grâce à la méditation.

– Ce qui n’empêche pas l’analyste de mettre fin, quand il le faut, au «bavardage mental»…

– Oui, car on peut faire mousser indéfiniment la machine du sens. A un moment donné, l’analyste peut intervenir pour arrêter l’éternel jeu des questions et des réponses. Les réponses tautologiques du maître zen ont la même fonction.

– Si je suis «zen», sans désir ni idéal, qu’est-ce qui fait que je me lève le matin?

– Vous avez raison, on ne peut pas vivre sans idéal. D’ailleurs, le zen surfe sur un paradoxe: il critique les idéaux mais il en constitue un lui-même. L’enjeu est probablement de vivre avec sans trop y adhérer. Dans les deux traditions, le malaise tient aux fixations.

– Parlez-nous du bonheur selon le Bouddha et selon Freud.

– On a affaire à deux visions de l’homme très différentes, l’une tragique, l’autre optimiste. Pour Freud, notre moteur principal est le désir. Constamment confrontés à ses impasses, nous bricolons dans l’incurable, ce qui explique, entre autres, notre inventivité. Pour le Bouddha, notre essence réside dans une zone du psychisme qui est a-conflictuelle et qui peut être en quelque sorte «musclée» par la méditation. Cela nous permet d’atteindre une satisfaction stable et profonde.

– Celui qui a atteint la paix, en quoi est-il utile à l’humanité?

– Votre question renvoie à l’histoire du bouddhisme. A l’origine, le but visé était uniquement la libération personnelle. Plus tard est apparu le souci collectif avec la figure du bodhisattva, le pratiquant qui, juste avant d’atteindre le Nirvana, y renonce pour se consacrer à la libération de son prochain.

– Mais si la plénitude est possible et qu’on sait comment y arriver, pourquoi tout le monde ne se précipite-t-il pas dans la méditation?

– C’est la question des résistances à l’engagement. J’en vois plusieurs: la peur du changement d’abord, et aussi la crainte de manquer de manque, autrement dit la confusion entre force et tension. Notre ambivalence fondamentale également, et enfin notre besoin de punition: l’idée que le malaise comble une culpabilité inconsciente.

Lire l’article intégral

♥ ॐ 🙂 ॐ ♥

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8 Réponses

  1. Me plais le « catéchisme Freud-Lacanien »…
    Peut être aussi que bouddha s’adressait à différents niveaux de conscience d’états d’esprit de possibilités
    Bises

  2. Oui à  » Les ailes du désir », film magnifique. Oui, ces anges étaient comme des bodhisattvas, interpellés par la souffrance humaine et qui ne cessaient d’en écouter le moindre murmure, la moindre pensée.
    Non à la culpabilité, et c’est mon dernier mot. (Même si je culpabilise toutes les 5 minutes pour tout et pour rien – mais je me soigne !)

  3. Bonjour Frederic

    J evais faire lire cet article a ma fille ainée ..elle prepare un master en psy
    Amitiés
    Gérard

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