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In fine, il n’y a rien à atteindre, à comprendre, à conscientiser, il n’y a qu’à cesser.

Le Bouddha a découvert une voie de libération des agrégats par l’arrêt de leur production. Cette découverte amenant d’après lui l’arrêt de notre névrose continuelle, remplacée par une paix qui ne cherche rien à obtenir.

Notre souffrance vient de nos perceptions mentales. Et c’est le piège du matérialisme spirituel dont parle Chögyam Trunpa, nous croyons avancer sur une voie spirituelle et nous utilisons encore nos perceptions mentales pour le faire et l’apprécier et le faire savoir.

Mais pourtant le Bouddha a découvert qu’il était quand même possible de faire cesser la souffrance, d’une manière tellement simple qu’elle en paraît inaccessible. Un peu comme Jésus qui nous dit

« Si vous ne devenez pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux »

(Mt 18, 3)

et nous, nous savons tout compliquer, comme des adultes que nous sommes, mais nous ne savons plus être simples comme des enfants. D’autant plus que la révélation du Bouddha détruit tous nos rêves de transcendance dans un ailleurs de temps, de lieu ou d’être.

C’est en effet toute la complexité de ce que nous propose la voie du Juste milieu qui est l’extinction de la souffrance par la prise de conscience de l’impermancence et de l’interdépendance de ce que nous croyons être avec un début et une fin. Il n’y a rien à obtenir, pas de conscience supérieure, pas de conscience non duelle, pas de conscience, car extinction des 5 agrégats.

Pour finir cette série de billet sur « être le son de la pluie » nous verrons demain que ce processus n’est pas du tout nihiliste.

complément à lire éventuellement

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Ni des dieux, ni des bêtes, mais des êtres complexes.

Extrait d’un article de Françoise Simpère

Invitée ce matin à une émission TV sur la sexualité. La présentatrice demandait comment faire pour que le sexe soit simple et comment faire pour entretenir le désir. Je me suis risquée à lui répondre- c’était en direct, pas de risque de coupe au montage- que je souhaitais que le sexe garde sa complexité et qu’on n’élucide jamais le mystère du désir. Les gadgets et les scénarios érotiques ne fonctionnent que si on est déjà à l’aise avec sa sexualité. Et pour être à l’aise, mieux vaut en reconnaître humblement la complexité.

Les hebdos parlent d’échangisme, la télévision d’agressions sexuelles, les magazines proposent 101 trucs pour rendre Jules ou Juliette fous au lit, tandis qu’entre les cuisses virtuelles de blondes sans visage, les cadres internautes frissonnent d’excitation onaniste. Sexe à l’image du monde, consommateur et sécuritaire. Ce n’est pas l’organe qui fait peur, ni les gestes, mais l’invisible. L’imaginaire capable de transcender le génital en érotisme. Le désir, si puissant qu’une simple pensée redresse la verge masculine. L’abandon féminin, dont on ne sait où il peut mener… L’intimité partagée ouvre au mystère de l’autre et à ses propres mystères. Mais l’Homme, justement, déteste les mystères, déteste ce qu’il ne maîtrise pas ,qui ravive en lui d’archaïques blessures.

« Dieu créa l’Homme à son image et lui donna la Terre pour qu’il la fasse fructifier ». L’Homme- Etre humain, mais à la réflexion assez souvent le mâle- se crut donc le centre de l’Univers, proche du divin et supérieurement intelligent… jusqu’à ce que Copernic lui apprenne qu’il n’est pas le centre de l’univers, que Darwin lui assène sa filiation animale, que Freud lui révèle qu’il est mené par le bout d’un sexe lui-même sous l’emprise d’un inconscient indomptable.Trois découvertes, trois blessures narcissiques au cœur de notre sexualité.

Narcisse amoureux cherche son reflet dans le regard de l’autre : « Je suis le plus beau, le centre de son univers ». Qu’est-ce d’ailleurs que la jalousie, sinon le dépit de découvrir que d’autres planètes peuvent tourner autour de l’astre dont on se veut propriétaire? Malgré la multiplication des divorces et des remariages, l’idéal de l’amour exclusif est si ancré dans l’inconscient collectif que peu de gens se risquent à poser l’élémentaire question : « Pourquoi serait-il mieux d’aimer une seule personne que plusieurs ? » C’est ainsi. Point. Comme la Terre, longtemps, fût le centre du monde…. Et condamnés comme hérétiques ceux qui affirmaient le contraire.

Les fantasmes dessinent une ligne ténue entre conscient et inconscient. Pulsions non pas violentes comme on le dit souvent pour les condamner, mais puissantes. Le désir n’est pas seulement sexuel, il est l’énergie de toute vie, celle qui pousse à vivre au lieu de mourir.

Et c’est pourquoi l’angoisse de la mort, si humaine, est inscrite dans toute relation sexuelle, seul lien affectif pour lequel on s’interroge dès le premier jour : « Est-ce que ça va durer ? » Une mère ne se demande jamais combien de temps elle aimera son enfant, les ami(e)s n’imaginent pas la fin de leur amitié, mais Narcisse sait la fragilité du désir…

Alors, dur, dur, le sexe ? (Si j’ose ainsi m’exprimer…) Non, dès lors qu’on est conscient de ce qui l’anime, car animer, c’est donner une âme… En réalisant que la sexualité révèle ces fragilités éminemment humaines, qui font de nous ni des dieux, ni des bêtes, mais des êtres complexes de chair et d’âme, on lui rend sa plénitude. Alors le plaisir quitte les rivages banals de la médecine et de la mécanique pour aborder ceux de l’extase

Par Françoise Simpère

Lire l’article intégral

♥ ॐ 🙂 ॐ ♥

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L’arbre vacuité

G. me demande d’écrire un article sur la différence entre vacuité et nihilisme, rien de plus facile, voilà :

«  »

Il fallait le dire ! 😆

Plus sérieusement, les plus grands ont écrit sur cette expérience comme Nagajurna, ou des soutras, comme celui de la Prajna Paramita en parlent et cela reste toujours un mystère, alors trouver la réponse sur un blog comme celui ci serait une gageur.

Je peux simplement, comme pour tous les autres articles, parler de mes errements, de mes questionnements, de mes hypothèses, de mes sensations d’aujourd’hui sans aucune certitude fixe.

C’est en effet souvent une grande difficulté au départ de faire la différence entre vacuité et nihilisme, surtout quand on lit dans le Prajna Paramita sûtra : La Forme est Vacuité. Mais on  y lit aussi « la Vacuité est Forme »,  donc la vacuité ne serait pas le néant ?
Il est d’ailleurs intéressant de voir comment l’occident a voulu voir dans le bouddhisme une voie nihiliste à cause de cette notion de vacuité, alors que la tradition judéo-chrétienne repose précisément sur cette vacuité.
Dans l’Ecclésiaste on peut lire « Vanité des vanités, tout est vanité. » et on traduit cela par « orgueil », mais en fait le mot hébreu (hevel) signifie vanité au sens de ce qui est vain, ce qui est vide.
Mais face à ce vide la religion nous pousse à la soumission face à un Dieu : « Crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme. » alors que dans le bouddhisme la vacuité nous amène à simplement comprendre que ce nous percevons traditionnellement de la vie n’est pas la réalité mais que celle ci est plus complexe, comprendre cela peut nous éviter des difficultés et souffrances.

Pour revenir sur ce nihilisme et montrer que le bouddhisme n’est pas nihiliste, le 10ème précepte bouddhiste attire l’attention justement sur les risques de suivre une voie nihiliste ou à l’opposé une voie éternaliste.

Pour finir je voulais simplement vous livrer une petite fable métaphorique qui pourrait aborder cette vacuité :

Il y a longtemps un groupe de pèlerins étaient partis pour des terres nouvelles, leur bateau chargé de tout ce qu’il fallait pour s’installer sur ce nouveau monde.

Une tempête éclata, leur bateau pris l’eau de toute part, mais par hasard (certains dirent par miracle) une île florissante surgit à l’horizon et leur sauva la mise.

Ils plantèrent sur ce qui devint la place centrale de leur communauté, une graine de chez eux. Celle-ci donna un magnifique arbre qui grandit petit à petit. Il symbolisait leurs racines et en même temps cette terre accueillante.
Chaque graine de cet arbre était récoltée et conservée. Chaque famille en possédait une, comme un talisman.
Une saison, une tempête aborda l’île et fit beaucoup de dégâts. L’arbre fut arraché. Tout le monde en fut très malheureux, on décida de replanter une de ses graines précieusement conservée et un nouvel arbre en germa et grandit.
Plus tard les enfants des générations suivantes reprirent le bateau pour partir à travers le monde et plantèrent à leur destination une graine de cet arbre.

Maintenant on peut se poser la question : plusieurs siècles après l’arrivée des 1ers colons, l’arbre majestueux que l’on voit est il l’arbre d’origine ? On peut dire que non puisqu’on sait qu’il a été déraciné et replanté quelques années plus tard. Mais cet arbre est bien, en tant que graine, une extension de l’abre primitif.
Et tout l’amour donné par les habitants ne fait il pas de cet arbre le symbole de leur arrivée, en tant que premier arbre planté sur cette île ? Et quand l’arbre a poussé il a donné des repousses depuis ses racines, ces repousses ont été coupées, n’étaient-elles pas l’arbre aussi ? Et le frêle arbuste de ses débuts est bien différent du grand arbre très vieux qu’on peut voir aujourd’hui, est-il le même ? Et les autres arbres, issus des graines du 1er arbre, plantés dans de nouvelles destinations, sont ils cet arbre, ou toute autre chose ? Et ce premier arbre, cette première graine, est elle sortie ainsi du néant ou est elle issue d’une série de graines et d’arbres qui peut remonter jusqu’aux premiers temps de notre planète ?

Il semble impossible de trouver cet arbre dans un seul lieu à un seul moment, mais peut on dire que cet arbre n’existe pas ? Il suffit de se cogner contre pour voir qu’il est bien présent. Peut on dire que cet arbre vit depuis toujours et vivra tout le temps ?  Avant que les pélerins arrient, il n’était pas là. Et avant que la planète terre existe, existait-il ? Quand la planète n’existera plus, sera englobée par la géante rouge que sera devenu le soleil, existera-t-il encore ?

Maintenant si on prend conscience de cette vacuité, peut on voir « les autres » de la même manière ? Peut on rester insensible à leur souffrance ? N’est elle pas la même que la notre ?

Pour aller dans le sens de Watzlawick le fait de savoir que la réalité est plus complexe que ce qu’on en perçoit n’est pas quelque chose d’attristant mais au contraire cela nous permet d’être plus humain.

♥ ॐ 🙂 ॐ ♥

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Manifeste d’Edgar Morin et d’autres, pour la métamorphose du monde

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Ci-dessous un article tiré du site de la Coordination Nationale des Collectifs Unitaires, pour une alternative au libéralisme

Il est un peu long, j’ai cherché à le réduire un peu, mais difficile de trop en supprimer, car chaque phrase est importante. Je ne peux que vous encourager à prendre le temps de le lire, car il donne l’espoir suffisant pour qu’on se bouge, qu’on agisse, qu’on s’investisse, il est encore temps et il est très concret sur les objectifs des actions à mener, vous pouvez le lire en entier sur le site Bastamag.

Le philosophe Edgar Morin, le politologue Pierre Monod et l’artiste Paskua lancent un « Manifeste pour la métamorphose du monde ».

Ils y proposent sept réformes fondatrices : réformes politiques, économiques, sociales, de la pensée, de l’éducation, des modes de vie et de la morale. (…) « Il y a des raisons d’espérer », écrivent-ils. « Les grands mouvements de transformation commencent toujours de façon marginale, déviante, modeste, voire invisible. (…) Aujourd’hui l’alter mondialisme devient un terme à prendre à la lettre : l’aspiration à un autre monde. Elle se manifeste par des myriades de pensées, d’initiatives, d’actions multiples dispersées dans la société civile et qui sont ignorées par les structures politiques et administratives sclérosées. »

Nous sommes les témoins et les acteurs de la crise du monde qui affecte toutes les sphères. Une analyse systémique montre qu’elle est le résultat de l’enchevêtrement de multiples composants, des relations et rétroactions innombrables qui se tissent entre des processus extrêmement divers ayant pour sièges les systèmes économiques, sociaux, démographiques, politiques, idéologiques, religieux, l’éthique, la pensée, le mode de vie, l’écosystème, tous en crise. Le vaisseau spatial terre n’a pas de pilote. Ses quatre moteurs, la science, la technique, l’économie, le profit, sont, chacun incontrôlé. En l’absence d’une gouvernance mondiale, le vaisseau va vers la catastrophe. C’est l’hypothèse la plus probable. L’improbable, c’est la capacité d’une guidance en temps utile pour suivre un autre itinéraire permettant de traiter les problèmes vitaux pour l’humanité, en premier lieu la dégradation de la biosphère sans oublier les menaces nucléaires qui ne sont pas disparues. (…)

Il y a des raisons d’espérer

La crise financière et économique pousse actuellement nombre de dirigeants et d’économistes réveillés de leur torpeur à « réformer le capitalisme ». C’est une nécessité que certains considèrent encore comme une contrainte conjoncturelle. Mais il s’agit d’une crise systémique, beaucoup plus large et profonde, la crise planétaire multidimensionnelle. Et avec elle, est concerné l’ensemble des peuples. C’est dans leur sein que vont s’éveiller des forces créatrices et une volonté transformatrice. Si une hirondelle ne fait pas le printemps, des signes forts sont apparus. Ainsi, de Seattle à Porto Alegre s’est manifestée une volonté de répondre à la mondialisation techno-économique par le développement d’autres formes de mondialisation, allant vers l’élaboration d’une véritable « politique de l’humanité », qui devrait dépasser l’idée de développement. Nul ne peut faire l’impasse sur l’aspiration multimillénaire de l’humanité à l’harmonie, qu’elle prenne la forme du paradis, des utopies, des idéologies libertaire, socialiste, communiste, puis des révoltes juvéniles des années 60 (Peace-Love). Cette aspiration n’a pas disparu. Elle se manifeste par des myriades de pensées, d’initiatives, d’actions multiples dispersées dans la société civile et qui sont ignorées par les structures politiques et administratives sclérosées. Les grands mouvements de transformation commencent toujours de façon marginale, déviante, modeste, voire invisible. Il en a été ainsi des religions, de Bouddha, Jésus, Mahomet, du capitalisme, de la science moderne, du socialisme. Aujourd’hui l’alter-mondialisme devient un terme à prendre à la lettre : l’aspiration à un autre monde. Des centaines de propositions ont vu le jour, cela ne suffit pas à en faire un projet sociétal cohérent, alternatif, réaliste et visionnaire. C’est ce « supplément d’âme » que nous proposons avec les « 7 réformes fondatrices » d’une « Voie nouvelle ».

1 La réforme politique : politique de l’humanité et de civilisation

(…)

La politique de l’humanité est planétaire et « la terre-patrie » est l’héritière concrète des internationalismes, encore en germe au sein de l’alter-mondialisme. Il s’agit de sauvegarder indissolublement l’unité et la diversité humaine. Le trésor de l’unité humaine est la diversité, le trésor de la diversité est l’unité. Il s’ensuit la nécessité d’institutions planétaires pour la sauvegarde de l’humanité, compétentes pour traiter les problèmes vitaux et mortels de la biosphère, de l’économie, des inégalités sociales, de l’infériorité du statut de la femme, des armes de destruction massive. (…) Cette conscience planétaire, encore embryonnaire, sera la condition de la réforme de l’ONU, instance d’une société-monde dotée d’un système juridique, d’une gouvernance, d’un horizon de démocratisation, de solidarité, de fraternité. À son tour l’institution rétroagira positivement sur le développement de la conscience planétaire.

(…)

La politique de réforme de la civilisation(…) s’exercerait contre les effets négatifs croissants du « développement » de notre civilisation occidentale, viserait à restaurer les solidarités, ré-humaniser les villes, revitaliser les campagnes. Elle renverserait l’hégémonie du quantitatif au profit de celle du qualitatif, de la qualité de la vie, « moins mais mieux », contribuerait à la réforme de vie. Elle reconsidérerait nécessairement la notion de croissance, dépassant l’alternative croissance/décroissance, elle prendrait en compte ce qui doit croître ou décroître, ce qui doit demeurer stationnaire (…). Une telle réforme, de portée planétaire pourrait et devrait être entreprise à l’échelle d’une nation, exemple pour son extension à l’échelle continentale. L’Union Européenne et l’Amérique Latine paraissent plus mûres pour s’engager dans cette nouvelle voie.

2 Les réformes économiques

La débâcle financière, la récession économique, les plans de sauvetage du crédit, condition permissive du capitalisme, la protection par l’Etat d’industries entières comme l’automobile, la relance de dépenses d’infrastructure, conduisent les dirigeants d’un monde désormais pleinement capitaliste à essayer de le remettre sous contrôle, à placer « un pilote dans l’avion ». (…) Les victimes de la crise ne sont pas les banquiers, ni les riches, mais les gens pauvres des pays riches et les pauvres des pays pauvres. La récession crée du chômage, mais elle est aussi prétexte à licenciements pour, dans le cadre d’une compétition féroce, réduire les dépenses salariales afin d’assurer les profits. Les dirigeants du monde ne sont pas frappés subitement par la grâce de la nuit française du 4 août 1789 et l’abolition des privilèges, la plupart d’entre eux en sont les défenseurs. Il faut donc, en plus de la contrainte du sauvetage du système, la poussée des forces sociales dispersées dans le monde, pour donner un sens aux mesures et ouvrir une nouvelle voie, établir une institution permanente, sorte de conseil de la sécurité économique, chargé des régulations de l’économie planétaire et du contrôle des spéculations financières. La sortie du modèle énergétique actuel est le grand chantier du siècle. Il n’est plus durable, non seulement en raison de l’épuisement, un jour ou l’autre, des ressources pétrolières, mais de la détérioration de l’environnement, du changement climatique dont il est vraisemblablement une des causes. (…). Il faudra faire face aussi à un autre défi mondial : nourrir l’humanité. (…) Il faudra que la communauté internationale fasse des choix clairs. Quel autre modèle est envisageable ? D’abord par un New Deal de grands programmes collectifs à l’échelle de l’humanité. Ces grands programmes mondiaux devraient être complétés par des programmes continentaux et nationaux. Le dégagement de la tyrannie des marchés internationaux requiert localement l’essor d’une économie plurielle. Des initiatives sont en cours, par exemple la création et l’extension des mutuelles, des coopératives de production et de distribution, les coopératives de femmes en Afrique et en Asie, le commerce de proximité de l’alimentation, le commerce équitable, des entreprises citoyennes, l’agriculture fermière et biologique, le micro-crédit, voire des monnaies locales. Toutes ces actions, au raz du sol, nées dans le système et à cause de lui, sont autant de chrysalides de la métamorphose

3 Les réformes sociales

Le monde crie d’inégalités et d’injustices. Les idéaux libertaires, socialistes, communistes, ont historiquement combattu celles-ci. De nouveau l’internationalisme, mais planétaire cette fois, est à l’ordre du jour. La pauvreté continue à frapper une grande partie de la population du globe, alors que jamais les disponibilités scientifiques, techniques n’ont été aussi grandes. Les inégalités s’expriment grossièrement par les inégalités du PIB entre nations et par personne. Le rêve ancien de l’utopie égalitaire, par exemple, un revenu universel d’existence, reste une visée qui n’est pas celle des institutions internationales actuelles. (…) Le problème est devenu la répartition du profit à l’échelle mondiale. Comment permettre la progression du niveau de vie dans les pays en voie de développement sans altérer celui des pays développés et résorber les inégalités partout ? Comment faire converger des forces sociales défendant leurs revendications nationales dans un ensemble plus vaste dominé par les firmes multinationales ? Nous pourrions en Europe fournir de premières réponses. L’harmonisation salariale « vers le haut » est le combat à venir, car il est clair que le capital tentera de faire supporter le poids de la crise à ses salariés. (…)

4 La réforme de la pensée

Il est difficile de penser le présent de la crise planétaire et ses perspectives. (…) La complexité de la situation donne le vertige et conduit la plupart d’entre nous à un sentiment d’effroi et d’impuissance qui amènent à renoncer à sa compréhension et à l’action. La compréhension du monde est impossible avec le morcellement actuel de la pensée. L’enfermement disciplinaire rend inapte à percevoir et concevoir les problèmes fondamentaux et globaux, d’où la nécessité d’une pensée complexe qui puisse relier les connaissances, les parties au tout, le tout aux parties, et qui puisse concevoir la relation du global au local et du local au global. Nos modes de pensée doivent intégrer un va-et-vient constant entre ces niveaux. Pour dominer la complexité du monde, le système de pensée doit être complexe (… car elle seule ) peut nous armer pour préparer la métamorphose globale, sociale, individuelle et anthropologique.

5 La réforme de l’éducation

Elle est peut-être la condition permissive de tout le reste. L’éducation forme un guide d’existence, individuel et collectif, un modèle qui se transmet entre générations. C’est un système de puissance lourde, à inertie et temps long. C’est pourquoi elle est au cœur de l’évolution des sociétés. (…). Il s’agit d’armer chaque esprit dans le combat vital pour la lucidité. Il est donc nécessaire d’introduire et de développer dans l’enseignement l’étude des caractères cérébraux, mentaux, culturels, des processus et modalités des connaissances, des dispositions tant psychiques que culturelles. Cette remarque préalable soulève le problème de l’adéquation de l’éducation actuelle et de son contenant. Les principes d’une connaissance pertinente sont les suivants : promouvoir une connaissance capable de saisir les problèmes globaux et fondamentaux pour y inscrire les connaissances partielles et locales ; enseigner la condition humaine ; expliquer l’identité terrienne ; éveiller à la compréhension de l’autre. L’enseignement doit contribuer, non seulement à une prise de conscience de la trinité individu-espèce-société, et ce qu’elle implique comme comportement vis-à-vis des autres et de la nature, avec notre Terre-Patrie, mais aussi permettre que cette conscience se traduise en une volonté de réaliser la citoyenneté terrienne.

6 La réforme de vie

C’est le problème concret sur lequel devraient converger toutes les autres réformes. Nos vies sont dégradées et polluées par l’état monstrueux des relations entre les humains, individus, peuples, par l’incompréhension généralisée d’autrui, par le prosaïsme de l’existence consacrée aux taches obligatoires que ne donnent pas de satisfaction, et qui déferlent à présent dans le monde entier, par opposition à la poésie de l’existence qui est congénitale à l’amour, l’amitié, la communion, le jeu. (…) La réforme de vie vise à régénérer l’art de vivre en art de vivre poétiquement. Elle se présente de manière particulière dans notre civilisation occidentale caractérisée par l’industrialisation, l’urbanisation, la recherche du profit, la suprématie donnée au quantitatif… (…) L’homme vit aujourd’hui dans une « Technosphère ». Et il en fait partie intégrante. Malgré l’essor récent des biotechnologies, c’est la civilisation mécanique qui domine depuis la révolution industrielle du 20 e siècle, et dont la robotisation constitue le point dominant. (…) Les nouvelles technologies de l’information, potentiellement libératoires de la communication personnelle, deviennent une tyrannie avec le téléphone portable, la perte de liberté qui s’ensuit quand tout individu peut-être suivi voire traqué n’importe où. (…) Le culte de l’urgence conduit à une société malade du temps, et qui perd le temps de vivre. Elle se défend en revendiquant du temps libre. La société en devient consciente et réagit avec les moyens dont elle dispose. L’aspiration à « une vraie vie » se manifeste sous la forme d’antidotes au mal-être physique, moral et spirituel par le recours aux psychiatres, psychanalystes, aux psychotropes, addictions et drogues diverses. Elle se tourne aussi vers la religion, l’occultisme, pour satisfaire ses besoins spirituels étouffés dans une civilisation vouée aux besoins matériels, à l’efficacité et à la puissance. La réforme de vie doit nous conduire à vivre les qualités de la vie, à retrouver un sens esthétique, à travers l’art bien sûr mais également dans la relation à la nature, dans la relation au corps, et à revoir nos relations les uns aux autres, à nous inscrire dans des communautés sans perdre notre autonomie. C’est le thème de la convivialité évoqué par Illich dans les années 70. Il existe aujourd’hui, un peu partout, des germes de cette réforme. Ils apparaissent à travers l’aspiration à une autre vie, le renoncement à une vie lucrative pour une vie d’épanouissement, les choix de vie visant à mieux vivre avec soi-même et autrui, ainsi que dans une recherche d’accord avec soi-même et le monde. Cette aspiration à vivre « autrement » se manifeste de façons multiples et l’on assiste à des recherches tâtonnantes, un peu partout recherche de la poésie de la vie, amours, fêtes, copains, raves parties. (…) Le dénominateur commun en est : la qualité prime sur la quantité, le besoin d’autonomie est lié aux besoins de communauté, la poésie de l’amour est notre vérité suprême. La prise de conscience que « la réforme de la vie » est une des aspirations fondamentales dans nos sociétés est un levier qui peut puissamment nous aider à ouvrir la Voie.

7 La réforme morale

Barbarie de nos vies ! Nous ne sommes pas intérieurement civilisés. La possessivité, la jalousie, l’incompréhension, le mépris, la haine, l’aveuglement sur soi-même et sur autrui sont notre quotidien. (…) Les religions qui ont prôné l’amour du prochain ont déchaîné des haines épouvantables, et rien n’a été plus cruel que ces religions d’amour. Il semble donc évident que la morale mérite d’être repensée et qu’une réforme doit l’inscrire dans le vif du sujet. La réforme morale nécessite, d’abord, l’intégration, dans sa propre conscience et sa propre personnalité, d’un principe d’auto-examen permanent, car, sans le savoir, nous nous mentons à nous-mêmes, nous nous dupons sans cesse. Si on définit le sujet humain comme un être vivant capable de dire « je », autrement dit d’occuper une position qui le met au centre de son monde, il s’avère que chacun de nous porte en lui un principe d’exclusion (personne ne peut dire « je » à ma place). Ce principe agit comme un logiciel d’auto-affirmation égocentrique, qui donne priorité à soi sur toute autre personne ou considération et favorise les égoïsmes. Dans le même temps, le sujet porte en lui un principe d’inclusion qui nous donne la possibilité de nous inclure dans une relation avec autrui, avec les « nôtres » (famille, amis, patrie), et qui apparaît dès la naissance où l’enfant ressent un besoin vital d’attachement. Ce principe est un quasi logiciel d’intégration dans un nous, et il subordonne le sujet, parfois jusqu’au sacrifice de sa vie. (…) Tout, dans notre civilisation, tend à favoriser le logiciel égocentrique. Le logiciel altruiste et solidaire est partout présent, inhibé et dormant, et il peut se réveiller. C’est donc ce logiciel qui doit être développé. Il faut donc concevoir également une éthique à trois directions, en vertu de la trinité humaine : Individu-société-espèce, les trois en interrelations permanentes. Dans ce sens, l’éthique individu-espèce nécessite un contrôle mutuel de la société par l’individu et de l’individu par la société, c’est-à-dire la démocratie ; et au XXIème siècle la solidarité terrestre. L’éthique doit se former dans les esprits à partir de la conscience que l’humain est à la fois individu, partie d’une société, partie d’une espèce. Nous portons en chacun de nous cette triple réalité. Aussi, tout développement vraiment humain doit-il comporter le développement conjoint des autonomies individuelles, des participations communautaires et de la conscience d’appartenir à l’espèce humaine. À partir de cela s’esquissent les deux grandes finalités éthico-politiques du nouveau millénaire : établir une relation de contrôle mutuel entre la société et les individus par la démocratie, accomplir l’Humanité comme communauté planétaire.

En conclusion : limites et possibilités

Les réformes sont interdépendantes. Les réformes morale, de la pensée, de l’éducation, de civilisation, de la politique, celle de la réforme de vie s’entr’appellent les unes les autres. (…) On ne pourra jamais réaliser l’utopie de l’harmonie permanente, du bonheur assuré. Ce qu’on peut espérer c’est non plus le meilleur des mondes, mais un monde meilleur. Revenons au point de départ : nous allons vers l’abîme. Mais il y a des milliards de chrysalides végétales, animales, humaines qui sont en métamorphose. Ce sont des forces immenses potentielles mais conditionnées à leur environnement. Concernant l’humanité des forces, encore virtuelles pour l’essentiel, doivent se mobiliser. L’abîme comme la métamorphose ne sont pas fatals. La Voie des sept réformes proposée ici nous semble la seule susceptible de régénérer assez le monde pour faire advenir la métamorphose, pour un monde meilleur. En faire une réalité suppose la mobilisation de tous ceux qui y aspirent, en un véritable Mouvement pour la Métamorphose du Monde.

Edgar Morin, philosophe et sociologue Pierre Gonod, politologue et prospectiviste Paskua, artiste, à l’origine de l' »International Art Movement for the Metamorphosis of the World »

Il ne vous nous reste plus qu’à agir, pour nous, nos enfants et leurs enfants ….

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