• Catégories

  • Chaque jour est le bon

    septembre 2018
    L M M J V S D
    « Jan    
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Pages

  • Archives

  • J'ai été heureux de vous accueillir, vous les

    • 259 173 lecteurs depuis avril 2009

Lutter ici et maintenant

arapu

(Dessin de Mircea Arapu)

Un portrait (non exaustif) de ce qu’on appelle « la mouvance autonome » (ne pourrait-on sans craindre de paraître grossier ;) parler des mouvements anarchistes au sens politique du terme ?). Ici sont englobés le MLF ou les mouvements de chômeurs des années 80 et 90, les précaires et la mobilisation contre un projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Grâce à la multiplication des foyers de lutte et des expériences de vie en dehors de toutes structures, ces tentatives éparses d’organisation sans hiérarchie constituent une composante du paysage politique et social. Toutes ces actions, aussi différentes soient-elles, se confondent avec des modes de vie et s’inscrivent dans l’autonomie des luttes : s’organiser sans leader ni parti.

Lire la suite

abonnezvous

Cudjoe Queen NANNY

Cudjoe Queen NANNY

Cudjoe Queen NANNY – Marronne, vers 1686 – vers 1733 – JAMAÏQUE

Lire la suite

abonnezvous

 

Coline Serreau et l’économie circulaire

cs1

Le système linéaire – extraire – fabriquer – consommer – jet – sur lequel repose notre économie actuelle est à bout de souffle. Nous sommes de plus en plus dépendants de matières qui sont par ailleurs de plus en rares. Nos modes de développement et de consommation ne sont pas durables, car ils mobilisent trop de ressources naturelles et impactent fortement sur l’environnement et le climat.

Il est temps d’aller vers un nouveau modèle de développement économique, écologique,  […] l’économie circulaire est une des voies à suivre. Ce n’est pas un combat idéologique mais surtout du bons sens.

L’économie circulaire propose en effet de transformer les déchets en matière première réutilisée pour la conception des produits ou pour d’autres utilisations. En d’autres termes, ne plus créer de résidus que les systèmes industriel et naturel ne puissent absorber. La boucle est bouclée. Cela représente bien entendu un gain de compétitivité énorme pour les industries qui ont une maîtrise de leur flux de matières premières.

 […]L’économie circulaire est une réponse aux défis du développement durable mais peut également participer de façon significative à la ré-industrialisation de la France avec à la clef de nombreux emplois non dé-localisables.

(Lire l’intervention intégrale de François Michel Lambert – Président de l’Institut de l’économie circulaire & Député des Bouches du Rhône- sur Institut de l’Economie Circulaire)

Intervention de Coline Serreau, marraine de l’Institut, lors de la réunion de lancement le 6 février à l’Assemblée nationale :

« […]  Il est très important que les acteurs du changement, qui est inéluctable, se réunissent ainsi.  […]

Nous nous dirigeons vers un mur écologique avec la forme de production actuelle. Nous sommes nombreux à partager ce constat. On ne pourra pas continuer à produire ainsi. Il faudrait 30 planètes et on ne les a pas. Il va donc falloir que l’on change. Ce n’est pas forcément un processus malheureux. Finalement les crises que l’on traverse sont peut-être les germes de quelque chose de formidable. C’est en tout cas souvent à partir des échecs que l’on commence à avancer.

L’économie circulaire est une révolution dans la manière de produire mais aussi une révolution des esprits. Il faut que la pensée de la croissance soit une pensée de l’alter-croissance, d’une autre forme de croissance positive. Je ne suis pas toujours d’accord avec ceux qui parlent de décroissance. Il va falloir toujours croître  mais autrement. Il faut donc repenser. Nous avons besoins de philosophes et de penseurs, de gens qui agissent mais nous avons besoin également d’un cadre peut-être idéologique. Il faut se poser les bonnes questions. Que sont réellement nos besoins ? Qu’est ce qui nous rend réellement heureux ?…

Les modèles existent déjà. Durant des siècles le modèle agricole a dominé. Un modèle qui était largement naturel. Le monde industriel aurait beaucoup à apprendre à regarder de près comment ont fonctionné les agricultures anciennes où tout était circulaire.

Une des forces de l’économie circulaire c’est également la possibilité de développer les territoires avec des économies localisées et des emplois non-délocalisables.

Ce qui m’a également beaucoup frappé au sein de l’Institut  c’est qu’enfin on dépasse les clivages idéologiques gauche/droite qui n’ont plus tellement court. »

Lire l’intervention intégrale de Coline Serreau

Institut de l’Economie Circulaire

Cet article est tiré de mon blog principal. Pour lire quotidiennement de nouveaux articles : ME SUIVRE SUR MON BLOG PRINCIPAL EN CLIQUANT ICI

Les assistantes sociales : Un métier de crise ou en crise ?

moebius

(2001 après Jésus-Christ – Dessinateur : Moebius – Scénariste : Jean-Luc Coudray – Editeur : STARDOM)

Symboles de la dernière chance pour certains ou sommet de l’humiliation pour d’autres, les assistantes sociales communiquent peu. Et pourtant en ces temps de crise économique et de précarité accrue, elles sont obligées, suivant la formule du gouvernement, de : « faire mieux avec moins »

C’est le leitmotiv d’une partie de la majorité présidentielle ces dernières semaines : Il faut un Premier Ministre « social » pour calmer des millions de français en colère contre la très injuste réforme des retraites ! Seulement un ministre, et surtout le Premier, c’est tellement loin du terrain que, pour parodier Pierre Desproges, je dirais qu’un ministre qui parle de social c’est un peu « comme si le pape parlait du stérilet de ma belle soeur ! »

Le terrain, chez les assistantes sociales on connaît ! Et on est bien loin de l’actrice Véronique Jeannot dans la série « Pause Café  » diffusée sur TF1 en 1981-82 dans laquelle elle répondait toujours « présente » pour aider les adolescents en difficulté. Car, l’assistante sociale ce n’est pas seulement devenir l’amie des élèves d’un lycée de banlieue en leur offrant son écoute autour d’une tasse de café ! Les compétences qui leur sont demandées et leur champs d’intervention, vont bien plus loin comme l’explique le site Studya

En bref pas de quoi chômer ! Surtout que ceux qui leur demandent d’intervenir sont souvent au bord de la rupture et ne peuvent comprendre la notion de délai ou même de refus (voir forum « À quoi sert une assistante sociale  » sur Au Feminin.com )

 Valérie Agha est l’une d’entre elles. Elle est aussi blogeuse et a baptisé ironiquement son blog « Pause Café ». Depuis 2008, elle a pris l’habitude d’y écrire son quotidien et depuis peu d’en réunir une partie dans un vrai livre papier. Et un blogueur qui parle de social et qui se retrouve dans les librairies, ça m’a donné de me le procurer. Ce que j’ai fait. Puis, je l’ai contactée pour lui proposer de répondre à mes questions et le plus simplement du monde, elle accepté.

 Slovar : Vous évoquez dans votre livre un manque de moyens financiers, de personnel et d’implication de la hiérarchie. Pensez-vous, par rapport à vos débuts dans le métier que ces moyens et cette implication se dégradent ?

Valérie Agha : En ce qui concerne les moyens financiers, les budgets d’action sociale sont réduits d’année en année. En polyvalence de secteur (service social de « quartier »), mes collègues me rapportent que le manque est encore plus criant. A l’époque où j’y travaillais, on disposait déjà de très peu de moyens pour soutenir les familles en difficulté. Aujourd’hui, les aides financières sont octroyées au compte-goutte.

 La mise en place de barèmes financiers (auparavant, l’évaluation de l’assistante sociale primait sur les considérations purement mathématiques du budget familial) excluent du système d’aide sociale les salariés, même les moins bien rémunérés et alimente la problématique des « travailleurs pauvres. » Les prises en charge hôtel (certains conseils généraux prennent en charge tout ou partie des frais d’hôtel des familles sans domicile) se font exceptionnelles et extrêmement réduites dans la durée. Même les départements dont la politique est axée sur le social depuis toujours peinent à alimenter les budgets d’action sociale ; l’Etat leur a confié des missions telles que le RSA ou la MASP sans leur allouer de budget nécessaire à leur mise en place. Je ne parle pas des contingents de logements sociaux, notamment dans la fonction publique, qui se réduisent à une peau de chagrin (actuellement moins de cent logements pour la quasi totalité des fonctionnaires d’Ile de France).

 S’agissant du personnel, j’évoque dans le livre les services judiciaires de protection de l’enfance. Ils croulent littéralement sous les mandats et n’ont pas le temps d’exercer leurs missions que la mesure arrive à son terme. Pendant ce temps, l’enfant et la famille qui ont besoin d’aide sont toujours dans la même situation. Les services sociaux (secteurs, hospitaliers, scolaires…) manquent bien sûr également de personnel. Mais je suis de plus en plus surprise de constater que nombre de mes collègues en province peinent à trouver un emploi. Cette situation m’interpelle et j’ai du mal à en saisir la cause : suppressions de postes ? De la même manière, des services tels que les CAF, les MDPH, les sécurités sociales…accusent des retards tels qu’ils doivent fermer leurs portes plusieurs mois dans certains départements, afin de traiter les dossiers. Une personne handicapée peut attendre un an ou plus en Seine Saint Denis pour voir son dossier aboutir.

 Concernant le manque d’implication de la hiérarchie, je suis plus mesurée. Dans mon secteur d’activité (la fonction publique d’état), je rencontre assez régulièrement des responsables de services, des institutions plutôt soucieuses du bien-être des agents qu’ils encadrent. Bien sûr, il m’arrive aussi de croiser des directions plus soucieuses de la « rentabilité » de leurs services que des personnes avec qui elles travaillent, des responsables plus ou moins à l’écoute, plus ou moins ouverts aux difficultés de leur prochain, tout simplement.

Slovar : Alors que la France s’enfonce dans la crise, pensez-vous voir arriver dans vos services des personnes très différentes de celles que vous évoquez dans votre livre ?

Valérie Agha : Cela fait déjà un moment que je constate que le public que je reçois se diversifie. Je ne sais pas si cette situation peut directement être imputée à la crise et je suis prudente quant aux raccourcis à employer pour expliquer ce phénomène. Il y a différents facteurs, notamment celui de la communication : je suis de mieux en mieux connue dans l’institution dans laquelle je travaille et je suis identifiée comme étant à la disposition de tous les types de populations, ce qui est somme toute très positif.

 Ce que je constate, c’est une accentuation de la « chronicité » des situations. C’est-à-dire de plus en plus de personnes qui ne réussissent pas à « refaire surface », malgré les aides octroyées, et qui sollicitent très régulièrement le service social. Certaines ne parviennent plus à se loger à Paris et en banlieue. D’autres repoussent d’elles-mêmes leur départ en retraite, faute d’avoir accumulé un nombre suffisant de trimestres ou faute de moyens.

Slovar : A l’aune des mesures de rigueur annoncées par le gouvernement, pensez-vous que vous écririez le même livre dans les mois ou années à venir ?

 Valérie Agha : Mon livre raconte en premier lieu des histoires de vies et au travers de ces portraits, mon quotidien d’assistante sociale. Ces personnes qui sont amenées à se rendre au service social peuvent être n’importe qui : vous, moi. La barrière est mince, le décrochage de plus en plus facile. Ce sont avant tous ces aspects que j’avais envie de mettre en valeur. Donc à priori, les mesures du gouvernement ne changeraient rien à cela.

 Slovar : Les medias évoquent ces dernières semaines la possible arrivée d’un premier ministre plus « social » que le précédent. Selon vous, cela peut-il avoir une influence sur votre métier ?

Valérie Agha : Je le suppose, et je l’espère. Il est évident que des mesures sociales telles que la mise en place du RSA, des lois d’envergure concernant le handicap, l’accès aux soins, la retraite, l’immigration, ont des retentissements directs sur l’activité des assistants sociaux. Nous sommes en charge de mettre en œuvre, sur le terrain, cette politique. De plus, il ne faut pas oublier qu’en qualité de fonctionnaires nous sommes nous-mêmes des représentants de l’Etat. Ce qui peut parfois nous mettre dans des positions délicates, lorsque les dispositions étatiques ne sont en adéquation ni avec notre vision personnelle de la société ni avec notre éthique professionnelle.

 abonnezvous

Les 10 conseils pour débuter avec la Simplicité Volontaire

lou

(Lou – Dessinateur et Scénariste : Julien Neel – Editeur : GLÉNAT)

Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont convaincues de la nécessité de s’engager sur la voie de la simplicité volontaire. Mais elles ne savent pas toujours par où commencer, s’il y a des étapes privilégiées pour débuter dans cette démarche.

J’ai essayé de dégager ici 10 conseils qui me paraissent fondamentaux. Puis, de toute évidence, chacun fera ses choix selon ses propres aspirations, s’inventera un nouveau mode de vie en adéquation avec ses goûts, ses passions, son histoire, son environnement, sa famille…

Il parait difficilement concevable de vivre en toute simplicité si nous avons un problème d’addiction à la consommation. Si c’est le cas, c’est la première étape à envisager sans quoi les suivantes n’auront pas de sens, ou seront sources permanentes de contradictions.

1/ Maîtriser ses pulsions d’achat. Ne plus acheter tout et n’importe quoi sur un simple coup de tête, à la vue d’une publicité, en se baladant sur le net ou dans une galerie marchande. Notez sur un petit carnet toute envie d’achat impulsif et imposez-vous une semaine de réflexion. Ce délai vous permettra de prendre du recul et de vous poser les bonnes questions sur la réelle nécessité de cet achat. Une fois sur deux, l’envie se sera évanouie.
2 / et c’est la suite logique du premier point : bannissez toute publicité. Rien de tel, pour ne pas acheter tout et n’importe quoi, que de ne plus se laisser influencer par la publicité. Stop-pub sur la boîte aux lettres, liste orange pour ne plus subir de prospection téléphonique, se désinscrire de tout mail publicitaire et autres newsletters, préférer des chaînes de TV, de radio, des magazines sans pub.
3/ Boycottez les fêtes commerciales et les cadeaux « obligés ». Ce n’est pas en fonction du prix d’un cadeau que vous manifesterez plus ou moins d’amour à votre conjoint le jour de la St Valentin ou à votre Maman lors de la fête des mères. Les sentiments ne s’achètent pas. Lorsque vous organisez des fêtes entre amis, donnez-leur la consigne de venir sans cadeau (ou avec un cadeau fabriqué de leurs mains). C’est le plaisir de partager un moment ensemble qui importe, pas de savoir si vous avez offert un cadeau plus somptueux que votre voisin de table.
4/ Apprenez à fabriquer par vous-même, à réparer, à recycler, à acheter d’occasion. Nous vivons dans une société qui a élaboré le concept d’obsolescence programmée. Il faut que les produits durent le moins longtemps possible, deviennent obsolètes par tous les moyens (panne, incompatibilité, mise à jour impossible, etc). Ne vous laissez pas prendre à ces pièges. Apprenez à réparer, bricolez, achetez d’occasion, détournez des objets de leur utilisation première, etc. Apprenez aussi à fabriquer par vous-même des produits d’entretien non polluants ou vos propres produits de beautés. Les recettes ne manquent pas.
5/ Désencombrez votre intérieur. Opération grand ménage, tri des vêtements, des objets inutiles, de la vaisselle fêlée, des casseroles cabossées, des souvenirs ringards, etc. Un voyage à la déchetterie, un autre à l’Emmaüs le plus proche, une vente à la brocante du coin, des dons à des associations caritatives. Enfin, votre intérieur devient zen, vous ne conservez que ce qui est beau, utile et noble. Les objets auxquels vous tenez vraiment sont mis en valeur et les autres vite oubliés. Et du coup, beaucoup plus de place et moins de ménage à faire.
6/ Consommez mieux et localement. Préférez à l’hypermarché qui est à 10 km de chez vous les commerces locaux, les marchés de plein air, les ventes directes à la ferme. Détrompez-vous, ce n’est pas plus cher. Dans un hyper, vous achetez 20 à 30% de choses en plus de votre liste de course du simple fait de la profusion de marchandises qui vous est proposée. Chez le petit commerçant du coin, vous n’achèterez que le strict nécessaire. Les aliments bio ou en provenance d’un producteur local sont bien meilleurs, plus goûteux. Economies d’emballage, de transport, etc.
7/ Apprenez ou réapprenez à cuisiner. C’est beaucoup plus économique que des plats préparés, vous exercez vos talents culinaires, vous maîtrisez de plus en plus de recettes, vous mangez moins d’additifs, de conservateurs et autres E quelque chose. Votre santé y gagnera !
8/ Reprenez en main votre propre santé. Vous êtes votre meilleur médecin. Commencez par une alimentation saine, ce qui est déjà un grand pas vers une parfaite santé. Une hygiène de vie, de la marche, de l’activité physique, un temps de sommeil préservé. Et quand un bobo survient, apprenez à vous soigner naturellement. Privilégiez l’homéopathie, les plantes, les huiles essentielles, les remèdes de grand-mères. Apprenez à mieux vous connaître et privilégiez toujours, en matière de santé, la prévention.
9/ Découvrez les vertus du partage et de l’échange. Moins de biens, plus de liens. Ne vous repliez pas sur vous-même, ouvrez-vous aux autres. Partagez, échangez, privilégiez l’entraide, la fraternité, l’amitié. Recréez avec vos proches des relations authentiques fondées sur la confiance et le désintéressement. Donnez toujours plus sans rien attendre en retour.
10/ Retrouvez du temps pour vous. Abandonnez tous les loisirs passifs (TV en premier lieu), tous les dévoreurs de temps, pour vous consacrer à des passions qui vous motivent vraiment. Nous en avons tous mais nous nous plaignons de ne jamais avoir le temps pour les réaliser. Travaux manuels, loisirs créatifs, jeux avec les enfants, activités artistiques, bénévolat, lecture, apprentissage d’une langue, etc. A chacun son hobby mais de grâce, ne dites plus jamais : ah, si seulement j’avais le temps…

En choisissant la simplicité volontaire, c’est vers une véritable philosophie de vie que vous vous orientez. Votre quotidien prendra très rapidement une nouvelle saveur, vous éprouverez enfin l’ivresse de vous sentir exister, de prendre en main votre vie, de la mener où vous le souhaitez plutôt que d’en subir les aléas. Bonne route !

viaLes 10 conseils pour débuter.

abonnezvous

L\’hôtel de luxe qui accueillait ouvriers, paysans et militants – Expérimentation sociale – Basta !

EXPÉRIMENTATION SOCIALE

L’hôtel de luxe qui accueillait ouvriers, paysans et militants

PAR SOPHIE CHAPELLE (5 NOVEMBRE 2010)

Le Bauen, à Buenos Aires, est un grand hôtel atypique. Fermé en 2001 pour cause de mauvaise gestion et de crise financière, il a rouvert sous l’impulsion d’une poignée d’anciens employés licenciés. Décidés à se réapproprier leur ancien outil de travail, ils se lancent dans l’aventure de l’autogestion et se regroupent en coopérative. Pari réussi pour un lieu d’hébergement qui accueille touristes et militants solidaires.

  • Réagir à cet article
  • Recommander à un-e ami-e
  • Augmenter la taille du texte
  • Diminuer la taille du texte
  • Imprimer

© Béatrice Murch (source)

Le café-restaurant ne désemplit pas. Des habitants du quartier s’y mélangent aux touristes et militants de passage. Un brouhaha gagne progressivement le hall d’entrée, qui jouxte le bar. Une centaine de campesinos venus des quatre coins d’Argentine débarquent. Ils se rendent à la première fête nationale des semences, non loin de Buenos Aires. Les deux ascenseurs sont pris d’assaut entraînant un difficile chassé-croisé dans les escaliers. Derrière la réception de l’hôtel, c’est Diego, l’attaché de presse, qui remplace au pied-levé un collègue malade. Bienvenue à Bauen [1], un hôtel de luxe récupéré et autogéré par les travailleurs depuis 2003.

Comme de nombreux autres associés de Bauen, Armando a commencé à travailler comme serveur dans l’hôtel bien avant sa récupération par les salariés. Ce lieu emblématique de la capitale argentine n’est pas tout jeune. Construit sous la dictature militaire à l’occasion de la coupe du monde de football de 1978, l’hôtel Bauen accueille alors l’élite argentine. « C’était un défilé d’artistes, de politiques, d’hommes d’affaires, de touristes du monde entier », se souvient le serveur. Les dettes contractées par le propriétaire le conduisent en 1997 à vendre le prestigieux édifice. Racheté par un homme d’affaires chilien, l’hôtel est géré de façon calamiteuse jusqu’en décembre 2001, quand l’Argentine est frappée de plein fouet par une crise financière qui ruine le pays. Le propriétaire met la clé sous la porte.

« J’avais du mal à passer devant l’hôtel et à le voir partir en morceaux », se rappelle Maria del Valle, ancienne employée désormais responsable des relations presse de l’hôtel. « Je ne savais pas à l’époque qu’il existait un mouvement de récupération des entreprises ». La fermeture est d’autant plus dure à avaler que l’ancien propriétaire rouvre un autre hôtel plus moderne, à proximité [2]. « Le pays était entré dans une instabilité totale, nous n’avions pas d’argent pour envoyer notre fils à l’école. Les employés étaient victimes d’une politique obsolète, néolibérale, aggravant la précarité. Ce n’est pas un hasard si nous avons décidé d’emprunter un chemin alternatif », explique Marcelo Ruarte, 59 ans dont 23 passés à la réception, et premier président de la coopérative.

« Occuper, résister, produire ! »

Trente travailleurs licenciés de Bauen décident de suivre ce chemin alternatif le 21 mars 2003. Ils occupent l’hôtel, fermé depuis quinze mois, en passant par un tunnel qu’a fait creuser leur ancien patron entre les deux hôtels. « Revenir dans ce lieu nous a d’abord permis de nous retrouver, de savoir que nous disposions de capacités et d’un énorme potentiel d’idées, se souvient Marcelo. Nous savions que nous allions en faire un lieu autogéré. » Ils déposent les statuts d’une coopérative. Leur objectif : « Occuper, résister, produire ! ». Les associés sont davantage guidés par une nécessité pratique plutôt que par une idéologie autogestionnaire.

Sous la menace constante de l’expulsion, les travailleurs s’organisent pour réhabiliter progressivement l’hôtel. Les journées se révèlent éprouvantes. Les associés sont contraints de beaucoup bosser sans rien gagner au départ. « Nous n’avions que du pain et du maté (thé à base de plante héritée des cultures indiennes), se souvient Maria, qui prend alors le risque de lâcher son nouvel emploi pour rejoindre l’aventure. Nous avons commencé par acheter quelques produits de nettoyage pour les salons, l’entrée et toute la palissade ». Une fois les salles de conférence réaménagées, ils décident d’ouvrir un premier lot de chambres. Les premiers clients débarquent. « L’entreprise récupérée n’a pas de capital et par conséquent pas de facilités pour obtenir des crédits. Il nous fallait tranquilliser la situation, économiser et acheter des lits, des télévisions… Tout s’est fait petit à petit », raconte le premier président de la coopérative.

Prix modérés pour touristes solidaires

Aujourd’hui, les vingt étages d’acier et de verre de l’hôtel gardent leur allure seventies. La déco plutôt kitsch a le mérite d’être le fruit de la solidarité. Sept ans après la récupération, la maintenance des 200 chambres de l’hôtel n’est pas une mince affaire. Les problèmes d’ascenseurs, de chauffage ou de climatisation sont courants. «  Dès que l’argent rentre, nous l’utilisons pour des réparations », explique, derrière son comptoir, Armando, le serveur. On nous conduit au 3e étage où trois ouvriers s’activent au vernissage d’une terrasse. « À l’étage d’en dessous, la piscine a été remise à neuf mais les autorisations manquent pour pouvoir la mettre réellement en fonctionnement. »

L’ancienne clientèle a quasiment disparu. Forcément : « Quand les joueurs de grosse caisse arrivent dans le hall, ça fait fuir une partie des clients. Mais de nouvelles personnes viennent, habitantes du quartier ou en accord avec notre projet », décrit Armando. Intéressés par des prix modérés, les touristes sont parfois surpris par la diversité des personnes croisées. Un jour, ce sont des centaines de jeunes venus pour les rencontres de la jeunesse du Mercosur (la communauté économique des pays de l’Amérique du Sud) qui envahissent les couloirs de l’hôtel. Le lendemain, ce sont des représentants de mouvements sociaux ou syndicaux de passage dans la capitale logés à prix militant. Résultat : « Quand le Bauen est dans la rue, tout le monde l’accompagne. Ce lieu est né dans la lutte et continue de l’être. »

Le Bauen héberge aussi régulièrement des participants à des initiatives gouvernementales. Une proximité avec le pouvoir qui n’est pas sans créer des difficultés politiques au sein du mouvement des entreprises autogérées. Les associés de Bauen misent également sur un gros programme d’activités culturelles. Presque chaque soir, l’auditorium propose une pièce de théâtre ou un concert. « Toutes les entreprises récupérées ont un espace culturel, rappelle Marcelo. Il est important de consacrer une place importante à la culture parce qu’elle est la seule à pouvoir changer la pensée. Tout ne se réduit pas à l’argent. »

Exproprier les rentiers propriétaires

Aux côtés d’autres travailleurs, les associés de Bauen et le mouvement des entreprises « récupérées » demandent une loi d’expropriation (des propriétaires) qui légaliserait le transfert aux travailleurs des usines et entreprises occupées. « Cette expropriation signifierait que nous pourrions enfin travailler en paix », précise Marcelo. Une intervention gouvernementale est désormais nécessaire pour assurer la pérennité de ces expériences alternatives. Et prouver que le travail en autogestion, ouvert sur le monde, n’est pas qu’une utopie mais un bien commun à promouvoir et protéger. « Nous consolidons des postes de travail, nous sommes en capacité de gagner notre vie et de générer davantage d’emplois », insiste Marcelo. Les entreprises récupérées, ou autogérées, en Argentine représentent aujourd’hui 50.000 emplois directs et 20.000 indirects avec les fournisseurs, détaille-t-il.

« Même si nos revenus demeurent humbles, notre coopérative va désormais de l’avant », poursuit Maria. Elle compte aujourd’hui 152 membres, payés au minimum 1.740 pesos (315 euros), le seuil du « salaire vital » fixé par le ministère du Travail. « Nous travaillons beaucoup pour que la différence salariale entre les responsables et les autres camarades soit mince, précise Diego. Si dans l’hôtellerie traditionnelle, le fossé entre la réceptionniste et le gérant est abyssal, de notre côté, nous croyons au travail d’équipe ». L’important pour une bonne partie des associés de Bauen tient aussi à l’ambiance de travail, « plus confortable et sans autant de pression que dans une entreprise privée », selon Armando.

Culture du travail contre politiques néolibérales

Évidemment, tout n’est pas rose à Bauen. Des tensions surgissent en particulier entre les anciens et les plus jeunes. « Ils ont un sens très faible de l’appartenance, critique Armando, pour eux, Bauen, c’est juste un travail ». La culture du résultat immédiat se heurte ainsi à celle de l’investissement dans la réhabilitation et l’amélioration des locaux. « Il nous faut récupérer la culture du travail, poursuit Marcelo. Sans elle, le Bauen n’a plus d’identité. » Pour eux, cette « culture du travail », s’est perdue dans les années 1990, sous les mandats de Carlos Ménem et ses politiques néolibérales.

Pour régler les différents et avancer ensemble, les associés de Bauen participent à une assemblée hebdomadaire. Chaque travailleur y dispose d’une voix. « Si l’un de nous fait mal son boulot, nous pouvons en parler en assemblée. Travailler sans chef et sans pression est vraiment agréable mais cela suppose d’être responsable et d’avoir des objectifs clairs. Sans cela, c’est un désastre », prévient Armando. Lutter contre l’individualisme au profit du travail collectif est un défi quotidien à Bauen, d’autant plus difficile à vaincre quand l’enjeu est de ne jamais se transformer en patron.

Sophie Chapelle

Notes

[1] Bauen correspond aux initiales de Buenos Aires Una Empresa Nacional (Une entreprise nationale de Buenos Aires)

[2] Le « Bauen Suite Hotel », à ne pas confondre avec l’hôtel Bauen en coopérative, si vous vous rendez à Buenos Aires.

viaL\’hôtel de luxe qui accueillait ouvriers, paysans et militants – Expérimentation sociale – Basta !.

Severn

Severn (sortie le 10 novembre)

Severn, la voix de nos enfants
long métrage documentaire de Jean-Paul Jaud, réalisateur en 2008 de Nos enfants nous accuseront.
« En 1992, au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, Severn Cullis-Suzuki, une enfant de 12 ans interpellait les dirigeants du monde entier sur la situation humanitaire et écologique de la planète.
En 2009, Severn est une jeune femme de
29 ans qui s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Ce long-métrage documentaire propose une mise en regard du discours de Severn en 1992 avec la vision qu’elle porte sur le monde en 2009. Que s’est-il passé depuis dix-huit ans ? Quels sont les engagements environnementaux qui ont été tenus ? A quelles urgences et nouveaux défis le monde
doit-il faire face ? Pour faire écho aux interpellations de Severn et pour répondre de manière résolument optimiste aux désillusions qu’elle pointe, le film prend le parti de mettre en lumière des initiatives positives, menées aux quatre coins de la planète par des personnes remarquables. Ce documentaire ramène chacun d’entre nous à une question universelle et essentielle : quel monde laisserons-nous aux générations futures ? »
Les grandes thématiques traitées dans le film : agriculture biologique, alimentation-santé, biodiversité, déforestation, générations futures, nucléaire, pesticides.
> Le site du film Severn. Vous y trouverez la bande annonce longue, téléchargeable, la liste des projections-débats qui auront lieu en France, les contacts pour organiser une projection, le discours de Severn en 1992 (pdf), le dossier de presse (pdf) (entretien avec le réalisateur, fiche des personnes qui interviennent dans le film…).
Quelques projections-débats et avant-premières en vrac : 10/11 Hérouville, 13/11 Blois, 14/11 Biarritz, 15/11 Toulouse, 16/11 Montauban, 17/11 Carcassonne, 18/11 Perpignan et Prades, 19/11 Font-Romeu et Osseja, 10/11 Frontignan, 20/11 Sète, 26/11 Saint-Nazaire
et Grenoble, 27/11 Seynod…

viaUtopLib – Utopies libertaires.

%d blogueurs aiment cette page :