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Mandela, l’homme qui ne voulait pas être un saint

Mandela, l’homme qui ne voulait pas être un saint

 

Lu sur Le Figaro


Nelson Mandela poseavec sa fille Zindzi (à gauche) et Ahmed Kathrada (à droite), un ancien prisonnier politique.
Nelson Mandela poseavec sa fille Zindzi (à gauche) et Ahmed Kathrada (à droite), un ancien prisonnier politique.

Ses Mémoires dévoilent un portrait intime et rare de l’ancien président sud-africain.

 

L’ouvrage n’est pas un testament politique. Encore moins un jugement sur l’avenir de l’Afrique du Sud. Le dernier livre de Nelson Mandela se situe bien plus dans le registre de Mémoires au fil desquels, derrière l’icône mondiale, se livre l’homme, avec ses enthousiasmes, ses doutes et la grande douleur que suscita son quart de siècle d’incarcération.

Pour ces Conversations avec moi- même (1), préfacées par Barack Obama, les proches de Mandela ont plongé dans les archives, retrouvant des lettres, des carnets de notes, des bouts de papier griffonnés ou des pages d’œuvres jamais publiées. On y découvre des moments presque inconnus -ceux qui ont précédé ses années de prison. Sur ce jeune Mandela, turbulent et mauvais élève, le leader de Congrès national africain (ANC) porte vite un regard sans nuance: «Je dois être franc. Quand je regarde mes premiers écrits et discours, je me trouve pédant, artificiel et sans aucune originalité, écrit-t-il en 1970. Je m’appuyais sur l’arrogance pour dissimuler mes lacunes.»

Dans l’effervescence des années 1950, marquées par une vie sociale intense, cette banalité ne bloque pas son ascension au sein de l’ANC. Mais c’est l’amour pour Winnie, une femme «courageuse et déterminée, qui aime son peuple de tout son cœur», comme pour ses enfants, qui traverse les Conversations. Peu à peu se dessine un être aux antipodes du personnage froid et tout entier dédié à la cause qui était dépeint dans son autobiographie. Dans une lettre à sa fille Zindzi, qui sera confisquée, il écrit en 1979 : «Maman était superbe à l’époque, elle rayonnait (…) Pendant plus de deux ans, elle et moi avons vécu une lune de miel au vrai sens du terme.» La savoir en butte aux brutalités du régime ségrégationniste lui est insupportable. En 1970, il lui avoue: «Quel épouvantable moment nous vivons! (…) J’ai l’impression que toutes les parties de mon corps, chair, sang, os et âme, ne sont plus que de la bile, tant mon impuissance absolue à te venir en aide dans les moments terribles que tu traverses me rend amer.»

 

Matricule 46664

 

Un an auparavant, la mort de son fils aîné, Thembi, l’a brisé. «Il m’est difficile d’imaginer que je ne verrai plus jamais Thembi. (…) Mon esprit a réalisé le stress psychologique que mon absence du foyer impose aux enfants.» À ses petits, il écrira encore, réaliste: «Pendant des années vous ne connaîtrez ni anniversaire, ni Noël. Vous serez comme des orphelins.» Une missive qui, comme d’autres, reflète la dépression qui a guetté le prisonnier le plus célèbre du monde. À un ami, il confiera la «monotonie frustrante» des cellules avec les «mêmes visages, mêmes dialogues, mêmes odeurs, mêmes murs s’élevant vers le ciel». De temps à autre perce quand même l’humour du matricule 46664. En 1982, alors qu’on vient de lui prescrire un régime sans cholestérol, des œufs au bacon lui sont servis. Il en rit avec son geôlier: «Aujourd’hui, je suis prêt à mourir. Je vais les manger.»

La censure qui s’est exercée sur la plupart des lettres publiées et la pudeur du vieil homme, aujourd’hui âgé de 92 ans, ne laissent cependant que peu de place aux révélations fracassantes, qu’elles soient politiques ou privées. Ainsi, le livre est presque muet sur sa séparation de Winnie, deux ans après sa libération. Et il se contente d’évoquer sa relation houleuse avec sa première épouse, Evelyn Mase. Nelson Mandela ne concède qu’une chose: ses hésitations face à la présidence, pour laquelle il aurait préféré quelqu’un de plus jeune. «Mon élection comme premier président de la République d’Afrique du Sud m’a été imposée contre mon gré.»

Car au fil des pages, c’est bien la vie d’un homme dépassé par son aura qui se devine. Et, au crépuscule de ses jours, Nelson Mandela se refuse à cette sanctification. «L’un des problèmes qui m’inquiétaient profondément en prison concernait la fausse image que j’avais sans le vouloir projetée dans le monde ; on me considérait comme un saint. Je ne suis pas un saint. Je ne l’ai jamais été, même si l’on se réfère à la définition terre à terre selon laquelle un saint est un pécheur qui essaie de s’améliorer.»

 


 

 

Bio Express

 

1962 : Mandela est incarcéré. Il sera libéré en 1990.

1993 : Lauréat du prix Nobel de la paix

1994 : Élu président d’Afrique du Sud.

(*) Éd. La Martinière.

Lu sur Le Figaro

 

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