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Les retraites sans la croissance

Les retraites sans la croissance

 

Lu sur le Monde Libertaire

Les travailleurs, retraités et chômeurs qui ne se résolvent pas à abdiquer face aux diktats de la finance et de leurs représentants, ont désormais largement démonté le discours des réformateurs sur les retraites.
En reprenant les hypothèses des capitalistes, basées sur l’évolution du Produit intérieur brut (PIB), il est en effet facile d’invalider leurs théories alarmistes. Comme le démontre Bernard Friot 1, dont les conclusions sont reprises dans le schéma ci-dessous, l’effort à produire d’ici 2050 est comparable à celui des cinquante dernières années et génère des réserves confortables pour les moins de 60 ans (voir schéma).
Aujourd’hui, beaucoup sont donc convaincus que le seul véritable enjeu du financement des retraites est le partage des richesses. En effet, il s’agit de revenir sur le vol de la valeur ajoutée, réorientée depuis les années 1980 en direction des profits au détriment des salaires, sur lesquels sont assises les cotisations sociales qui financent la prise en charge des risques maladie, invalidité, vieillesse et chômage pour le plus grand nombre.
Pour résoudre la question des retraites, remettre la main sur l’ensemble des richesses créées est évidemment une condition nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. S’il est utile de reprendre les arguments de nos adversaires politiques pour démonter leurs discours, il faut aussi savoir se défaire de leur mode de pensée.

Le partage de quelles richesses ?
À moyen terme, l’enjeu caché de la réforme des retraites et de la période à venir est, au delà du partage des richesses, la notion de richesse elle-même.
En comparant le rythme de prélèvement des ressources (accéléré par la croissance mondiale) avec les réserves disponibles, nous pouvons prévoir que le doublement du PIB en 2050, toutes choses étant égales par ailleurs 2, ne sera pas possible.
Selon Bernard Friot, l’augmentation du PIB passe par des activités prédatrices mais aussi et surtout par la transformation d’activités, auparavant gratuites, en emploi (exemple des bonnes sœurs dans les hôpitaux des années 1960 qui sont devenues des infirmières). Mais c’est malheureusement bien la dimension destructrice du PIB qui est aujourd’hui prédominante (voir les liens entre PIB et empreinte écologique dans le rapport planète vivante du WWF 2008) : l’intensité énergétique par unité de PIB décroît moins vite que le PIB global n’augmente. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond : si les automobiles consomment moins à l’unité, la distance parcourue augmente en même temps que le nombre de véhicules et avec le suréquipement (dont la climatisation), la consommation d’énergie s’accroît globalement.
Il est donc très déraisonnable d’imaginer, comme le fait Bernard Friot, un salaire moyen de 5 000 euros pour tous, quand la soutenabilité écologique (voir l’empreinte écologique des pays riches) imposerait des salaires bien moindres.
Quelques économistes intègrent ces dimensions à leur réflexion sur les retraites. Jean Gadrey propose d’abandonner la base des scénarios actuels : la macroéconomie classique quantitativiste. Selon lui, il faudrait partir d’estimations d’emplois ou de volume de travail par secteurs et sous-secteurs en fonction d’évaluations des besoins, de bilans écologiques et sociaux, et de projets de réorientation de la production.

Pour un syndicalisme autogestionnaire et inventif !
à l’image de la manifestation de la Confédération européenne des syndicats du 29 septembre pour « plus de croissance », la plupart des analyses émanant de la gauche et des syndicats évacuent cette contrainte, qui constitue pourtant la nouvelle donne de ce xxie siècle, de leur réflexion : croître pour redistribuer des richesses toxiques n’a aucun sens.
Les militants syndicaux ne peuvent fonder leurs discours sur l’argument classique de la répartition des richesses sans évoquer le fait que cette richesse essentiellement monétaire va devoir changer de nature et au moins passer par : une collectivisation des usages (mutualisation des biens) ; une réduction des besoins (entretenus par la publicité) ; une réduction de la vulnérabilité des individus et des territoires par le renforcement de leur autonomie (plus de temps pour être acteur soi-même dans des circuits économiques courts et locaux, conception de biens facilement réparables par le plus grand nombre, etc.).
Il nous faut voir bien au delà de la notion de gains de productivité (trop souvent synonyme de flexibilité) et de croissance.
En tant que militant d’un syndicat du bâtiment à la CNT, je constate que cette réflexion existe à travers des projets émergents d’habitats collectifs partagés en lien avec un atelier populaire d’architecture et d’urbanisme, de coopératives de construction et de consommation…
Ces solutions privilégient la sobriété, pour travailler moins et vivre mieux : un vrai projet de société !

1. Bernard Friot, L’Enjeu des retraites, La dispute, 2010, dont je recommande la lecture. (Voir l’article de M.-C. Calmus dans le présent ML. NdR.)
2. En excluant toute régulation par la guerre, par exemple.

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