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Je me suis donnée, à ceux qui avaient soif,

Cathedrale d'Ely, statue représentant Jesus & Marie-Madeleine

Notre souffrance quotidienne est liée à notre façon de défendre ce que nous appelons notre « moi » qui est l’image de soi-même que l’on autoproduit . Nous avons l’impression que ce « moi » est agressé dans son intimité, comme violé, par le temps qui passe, la maladie, les images que nous avons des « autres », les « étrangers » etc….

Pour le défendre, nous nous renfermons  sur cette image, voir nous attaquons les représentations que nous avons des autres.

« Ma chienne ne se pose pas de questions sur le sens de la vie. Il lui arrive de s’inquiéter de l’arrivée de sa pâtée, mais elle n’a pas d’angoisses métaphysiques pour autant. Pourvu qu’elle ait sa dose de nourriture et de caresses, la vie est belle!

L’ennui, c’est que les roseaux pensants que nous sommes ne fonctionnent pas comme les chiens.

L’être humain jouit en effet de la conscience de soi – un privilège parfois lourd à porter puisqu’il peut aussi bien faire notre perte que notre salut. Méconnaissant la véritable nature de notre esprit, nous essayons d’emprisonner cette énergie vive dans un ego qui nous cause des foules de problèmes, car nous ne maîtrisons pas ce qui se passe.

Qui n’a jamais ressenti un certain mal de vivre? Cette sourde angoisse, qui se fait plus lancinante dans les moments difficiles, reste néanmoins perceptible quand tout va bien: la peur de voir le vent tourner nous gâche une partie du plaisir.

Nous sommes habités par une inquiétude latente qui a ses racines dans un malaise existentiel plus profond: il est un fait que, dans l’ensemble, nous ne sommes guère satisfaits de la vie que nous menons. »

Charlotte Joko-Beck

Mais, et c’est pour cela qu’après le texte de Charlotte Joko-Beck j’ai choisi , peut être que cela peut paraître provocateur, celui de Jacqueline Kelen, on peut aussi face à cette blessure, au contraire, s’ouvrir aux autres, se déployer.

Jacqueline Kelen, racontant sous forme de roman l’histoire de Marie-Madeleine, fait l’hypothèse qu’elle a été violée. Le viol est dans certaines (toutes ?) cultures et/ou époques une in-femme-i, un acte de barbarie qui ne fait plus la femme, femme !

Elle est rejetée et il ne lui reste plus que la mort (par condamnation ou suicide) ou la prostitution. Suivant Jacqueline Kelen, au  lieu de se renfermer sur cette blessure narcissique, Marie-Madeleine décide de laisser se déployer sa blessure, s’ouvrant aux autres dans un amour infini.

(bien que je ne l’ai pas retenue ici, la scène du viol –combien elle doit être difficile à écrire- est décrite ici d’une telle manière métaphorique qu’on ne peut pas, ne pas être touché, tout en n’étant pas voyeur)

« Je me souviens à peine, sauf du réveil lié à la douleur, et de ma robe tachée de sang et déchirée, sous l’ombre du figuier.

…/…

J’avais mal. Je ne criais pas, ni ne songeais à la vengeance. Pour la première fois, je me regardai dans un miroir. J’empruntai des fards achetés par ma sœur, essayai quelques bijoux. Je me parai longuement.

…/…

J’aurais pu, à mon tour, verser le sang.

Mais mes mains ont toujours tremblé devant les couteaux et les pierres tranchantes. J’aurais pu me murer dans le silence et la douleur.

Je croyais en la vie, et que tous les chemins partent d’une femme perforée. Alors je me suis donnée, à ceux qui avaient soif, qui avaient mal, aux brutes, aux criminels, aux bancals, aux maniaques, aux puceaux maladroits, aux seigneurs vénéneux.

Je suis la femme de Magdala. Donnée à tous car je suis belle comme la vie, irrésistible comme la jouissance et le malheur.

Ils ont mangé mon corps, mordu mes épaules et mes cuisses, bu à mon ventre. Je les ai bercés, griffés et consolés, méprisés et flattés. Je me suis traînée à leurs pieds. Je les ai fait hurler sous mes caresses.

Ils ont cru me posséder, m’acheter, m’asservir, et tous sont repartis immensément creux.

Je suis la femme, la blessure, et le gouffre. Ils viennent tous chercher la mort auprès de moi, respirer leur néant sur ma peau parfumée, et manger leur opprobre.

J’aurais pu me murer. Je me suis ouverte à tous. Laquelle se damne, celle qui se garde, celle qui se perd? »

Jacqueline Kelen

♥ ॐ 🙂 ॐ ♥

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18 Réponses

  1. C’est Marie d’Egypte de Jacques Lacarrière, à lire absolument. « Laquelle se damne, celle qui se garde, celle qui se perd? » Personnellement je préfère la seconde. Le chemin c’est peut être de trouver comment se relever à la suite d’une attaque sans devenir pareil au bourreau et profiter d’elle pour avancer.
    Je me demande : que serait l’humanité si elle n’était pas sexuée… Qu’aurait-elle inventé ?
    bises frédéric

    • Evidemment& comme prévu, je ne peux répondre à ta question chère Adamante 😉
      La vie s’est inventée sexuée, sur Terre au moins, pour permettre la complexité et l’adaptation.
      C’est toute l’humanité, celle qui justement peut permettre de se poser LA question : trouver comment se relever à la suite d’une attaque sans devenir pareil au bourreau

      je t’embrasse

      frédéric

  2. Bonjours Frédéric,

    Et bien, quelle question de bon matin!
    Voilà un sujet pour lequel j’aimerai faire tourner le bâton de parole en live.
    Qui se donc se condamne à l’enfer?
    Qu’est que l’enfer?
    Ou est l’enfer?
    Qu’est-ce que s’ouvrir?
    Qu’est-ce que se fermer?
    Est-il possible de vivre constamment ouvert au niveau physiologique quand on sait que nos yeux s’ouvrent et se ferment, que nos valvules cardiaques s’ouvrent et se ferment que nos alvéoles pulmonaires s’ouvrent et se ferment, que tout dans notre corps est prévu pour cette alternance d’ouverture et de fermeture et que la vivance même de notre être est assurée par la permanence de ce mouvement là?
    Est-ce que le mental peut se détacher de la physiologie?
    Bref…. Tant de questions dont j’aimerai parler en groupe, pour de vrai, dans l’ouverture de la présence plutôt que devant l’écran de mon pseudo…
    Belle journée à tous et à chacun, le printemps arrive, les crocus ont ouvert la terre sous la puissance de leur attirance vers le soleil, lorsque la lumière sera au zenith de la journée, ils vont s’entrouvrir, puis ils refermeront leur corolle pour la nuit, ainsi de suite jusqu’à finir leur passage… Tout est métaphore, la vie est simple en métaphore…

    • Chez nous aussi les crocus jaunes sortent.
      Les photos quotidiennes de ton jardin me manque néanmoins 😉

      Que de questions pour répondre à une question 😉

      L’ouverture de la présence se refermerait elle face à l’écran ? Y-a-t-il un pour de vrai quelque part ?

      De tout cela je ne peux que dire, que pour moi, là où je suis, je ne crois pas à l’ouverture constante sans présence, elle n’est pas un état résultant d’un processus, mais est le processus, toujours renouvellé, toujours à renouveller.

      je t’embrasse chère JT au delà du pseudo jusqu’à le faire pour de vrai lors de la prochaine rencontre

      frédéric

  3. Très beau témoignage!
    Le moi est tellement fatiguant.

  4. en lisant le titre de ce billet je croyais que tu allais citer Etty ..

  5. Très riche article!Bonne fin de semaine

  6.  » celle qui se garde, celle qui se perd »

    Entre les deux, seule se sauve celle dont l’acte ne parle que d’amour, au delà de la souffrance et de la peur.

  7. t’inquiète pas!
    dit-on si souvent…
    le vide est une notion si difficile à l’occidental…
    si souvent synonyme d’angoisse
    et pourtant…

    le vide n’est pas vide de sens… ni d’essence… 🙂
    chaleureusement

  8. Hommage à Marie Madeleine, et à toutes ces femmes qu’on appele « putes »

    celles exploitées par tous ces réseaux mafieux, qui doivent avoir toute notre compassion

    et aussi celles qui ont choisi librement de « se donner à ceux qui avaient soif « …

    Peut on les condamner?
    elles essaient à leur manière de donner du bonheur ou d’apaiser des souffrances.

    amitiés
    Michel

    • Je ne vois pas qui condamner en effet, ce qui ne serait d’ailleurs qu’une double peine.
      Ces femmes sont appelées putes par les mêmes qui asservissent leurs corps justement
      mais leur âme, le lieu d’amour en humain, ne peut être asservi, malgré tous les malgré
      Nous vivons dans un monde de violence, puissions nous , cher Michel, par contre conduite quotidienne ne pas en rajouter, voir témoigner de notre humanitude (voir aussi le billet de ce jour).

      chaleureusement

      frédéric

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