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Subitisme et gradualisme

Article lu sur Eveil Impersonnel (blog de Patrice Gros, voir dans les liens à droite)

Il existe une très ancienne dispute au sein des écoles spirituelles et philosophiques chinoises à propos de la notion d’éveil.  En effet, le débat entre ces différentes écoles spirituelles concerne le paradigme subit ou graduel et tente de déterminer si une personne peut parvenir à faire l’expérience d’une illumination permettant le dévoilement d’une conscience plus haute de façon subite ou bien si cela exige un cheminement graduel impliquant une certaine pédagogie de l’éveil ?

Ce questionnement est au cœur des querelles d’écoles et semble placer celui qui tente de répondre à cette question au sein d’un paradoxe difficile à résoudre. L’éveil dans son sens spirituel absolu, signifie posséder un esprit et un corps dégagés de toutes pensées. En ce sens, les notions de subitisme et de gradualisme sont de fausses notions comme tous les autres produits de la pensée conceptuelle.

Cependant, la discussion entre le subitisme et le gradualisme semble porter sur la façon de parvenir à la réalisation de soi. Pour le gradualisme, il s’agit d’accumuler ce qui est nécessaire à cette réalisation : le travail fourni, les efforts et acquisitions volontaires. A l’inverse, le subitisme est rapide, il y a perception directe du réel et cet éveil balaye d’un seul coup les fausses notions de la pensée. Dans cet instant de perception directe du réel, il y a transcendance de la dualité et identification au phénoménal. Il ne s’agit pas ici d’accumuler par l’action, mais au contraire de perdre dans le non-agir, d’être attentif et de voir ce qui est au delà de la réalité construite.

Les représentants de l’école dite « du Sud » ou « subitiste », fondée par Huineng, (sixième et dernier patriarche du Chan -zen en japonais-), pensent que l’éveil se produit d’un seul coup grâce à une compréhension et une perception soudaine du réel, tandis que les représentants de l’école dite « du Nord » (principalement représentée par Shenxiu, rival de Huineng) pensent que l’éveil ne s’obtient qu’après un long chemin d’efforts et de travail sur soi.

Nous ne trancherons pas ce débat, car le paradoxe est peut-être que les deux propositions sont à la fois vraies et fausses :

• vraies parce que l’attention ne peut se développer sans une certaine discipline de l’esprit, sauf, peut être pour certaines personnes possédant ce don d’une façon innée, et qu’effectivement, la perception directe du réel, si elle se produit subitement, reste le résultat d’un travail intérieur qui prend du temps;

• vraies aussi dans le sens où, suite à un choc émotionnel important ou un flash existentiel provoquant une rupture radicale dans la conscience de l’individu, il accède soudainement à cette perception directe du réel puis tente de comprendre et de reproduire cette expérience par ses efforts continuels ;

• vraies encore, peut être, lorsqu’un individu chemine vers une meilleure connaissance de lui-même par des efforts et des acquisitions volontaires qui l’ouvrent progressivement à l’éveil du réel ;

• et fausses dans la mesure où les notions mêmes d’éveil de la conscience et de réalisation de soi sont au-delà de toutes pensées conceptuelles de la réalité.

Source : Revue 3eme millénaire (printemps 2009).

Lire les échanges qui ont eu lieu sur ce sujet, dans les commentaires sur le site de Patrice Gros.

♥ ॐ 🙂 ॐ ♥

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6 Réponses

  1. Bonjour Frédéric,

    Peut-être suis-je à côté de la plaque, hors sujet, je ne suis pas sûr intellectuellement d’avoir tout compris même si j’ai tout lu parce que c’est une question qui m’est déjà venue au cours d’échanges, aussi cela m’intéresse. Mais ce qui me vient est que cela me fait penser à cet écartèlement que je ressens (avec ma compréhension d’aujourd’hui) :

    – entre Krishnamurti (Mooji aussi peut-être à sa manière rencontré il y a peu) pour qui on ne doit remplacer un conditionnement par un autre, pour qui toute posture que l’on s’impose « en vue de » conduit à une impasse dans la connaissance la plus directe de ce qui est (hypnotisme, rigidité de l’esprit) que seul le maintient de la « vue de » importe.

    – et mon affection ancienne et transmise de la posture de méditation par un ami aujourd’hui disparu, mais pas seulement, la reconnaissance (à tort ou à raison), que cette pratique-quand elle est régulière- raffermit et adoucit mon lien avec le monde, le rend plus souple, plus fluide, plus stable parce qu’elle favorise un débit plus acceptable et donc rendu plus observable, de ce qui en moi est généré, parce que je suis moins emporté, témoin de. Et au mieux de mes méditations ce n’est pas une hypnose que j’ai ressentie.
    Et au mieux de la posture, le fruit de la méditation est ignoré même s’il a pu y conduire, seule l’instant vécu dans l’immobilité et le silence plus grand suffit.

    En vérité je passe d’une période à l’autre, d’une compréhension (encore limitée et floue j’en ai conscience) d’un enseignement à l’autre. Et je me dis parfois : et, toi, pour toi, qu’est-ce que tu décides ?
    Je ressens, observe (souvenirs de cela) aussi que lorsque je suis en de rares moments, à la faveur d’une pratique ou d’une non pratique, en lien fort, étroit, paisible et/ou joyeux (enfin le plus que je connaisse, ce qui n’est peut-être pas l’éveil) avec ce qui est, il m’importe peu dans l’instant vécu de savoir ce qui y a mené . Cela est et le vécu de ce qui est importe seul.

    Est-ce le fruit d’une pratique plus ou moins régulière, de l’histoire, du cheminement qui précède, ou de l’abandon justement à ce moment là de cette même pratique et de cette histoire ? Cette question nous importe peut-être quand nous voulons, tenons à reproduire ce moment, quand il n’est plus.
    Et nous savons aussi que sommes le produit heureux (oui, comme tout cela est vécu plus paisiblement, tranquillement) de cette histoire, qu’il fut un idéal de perfection qui a déclenché le chemin vers cette connaissance de soi, et que cela se découvre peu à peu même si cela est brouillon, même si cela est encore confus, même si cela passe par des tempêtes, et d’apparents retours en arrière.
    Mais cela semble se faire peu à peu, pour un jour peut-être découvrir pleinement qu’il aurait suffit de ne rien faire pour Etre. Mais c’est ce chemin là qui y aura mené à cette découverte tout à la fois soudaine et subite et finalement peu à peu approchée.

    Relire encore ce qui a été écrit sur ce sujet.
    Merci pour cet article,

    Amicalement, Emmanuel

    • Il y a de cela
      Mais ce billet issue de cette revue était surtout de montrer que quelque soit la voie (dans l’alchimie on parle de voie sèche ou voie humide) on arrive au but et qu’il faut de la patience pour y être instantanément et que lorsqu’on pratique graduellement on se rend compte en effet à la fin que tout était déjà là.
      Donc pas de querelles nécessaires.
      C’est un peu, de mon point de vue, comme en thérapie, plutôt que de chercher à opposer thérapies analytique et cognitives ou systémiques, la relation de confiance au thérapeute me semble plus important car c’est elle qui permet le lâcher prise.

      de ma simple expérience, là où je suis, je dirais qu’il est plus important de goûter la vie, entièrement là où on est, que de trop mentaliser et s’interroger et goûter la vie nous ouvre à la préserver chez tous les êtres vivants.

      amitié

      frédéric

  2. lol
    J’ai juste envie de dire que ceux qui se prennent la tête et se querellent à ce sujet ne sont pas rendus à l’éveil !
    bises !

    • Oui tu as sûrement raison Isa et en même temps ceux qui ont la responsabilité de transmettre ce qui peut aider à atteindre l’éveil doivent aussi s’interroger par leur pratique SUR leur pratique et ne doivent pas avoir peur de la confronter
      En fait on peut voir l’idée principale de cet article comme de toutes les manières il faut à chaque personne une voie adaptée
      D’ailleurs le Bouddha donnait des enseignements adaptés aux personnes qui venaient le voir et ces enseignements pouvaient sembler différer d’une personne à l’autre.

      Maintenant concernant ces polémiques officielles, comme celle de Lhassa, on ne peut pas non plus oublier que le résultat concernait aussi un pouvoir à acquérir (en l’occurence la main mise sur un type de bouddhisme au Tibet) et que je connais peu de personnes et encore moins d’institutions qui ne sont prêtes à se battre pour mieux se diffuser et acquérir la possibilité de le faire. Mais bon ce n’est qu’une hypothèse de ma part qui reflète mon désir de ne pas pousser des institutions fortes mais de plutôt rester dans des fonctionnements coopératifs locaux.

      bizossi 😉

      frédéric

  3. J’ai vécu le subitisme, vous perdez votre temps, allez pratiquer au lieu de dépenser votre énergie en discussions stériles, la vérité ne peut être qu’expérimentée, non expliquée ou démontrée.

    Faites vites, le temps presse.

    • Merci de ce conseil, certainement avisé
      Sans confondre vitesse et précipitation 😉
      et ce n’est pas parce qu’on cherche à expérimenter l’indicibles, l’inouï qu’on ne peut échanger
      juste ne pas confondre le partage et l’expérience

      chaleureusement

      frédéric

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