• Catégories

  • Chaque jour est le bon

    septembre 2009
    L M M J V S D
    « Août   Oct »
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    282930  
  • Pages

  • Archives

  • J'ai été heureux de vous accueillir, vous les

    • 248,660 lecteurs depuis avril 2009

Le véritable sens du vide c’est l’immensité

sapin-question-c-hr

Un texte comme celui sur le « bain chaud » peut laisser à penser qu’il faut prendre la vie comme une suite de petits bonheurs. Mais cela serait limiter le propos que je voulais tenir. Il ne s’agit pas de fuir une réalité par une dépendance à des « petits bonheurs ».

Prendre soin de son véhicule, de ce que nous sommes dans l’instant, c’est au contraire se donner la capacité d’affronter l’inconnu, s’ouvrir vers quelque chose de plus grand en nous, même si ce plus grand peut donner le vertige. Mais c’est tout le grand bonheur du paysage infini qu’on découvre en haut de la montagne.

« Les hommes cherchent leur bonheur dans les joies du moment. Avertis que ces plaisirs sont précaires et fugitifs, cela crée chez eux l’angoisse de peut être rater quelque chose, de sorte que l’esprit court avidement d’un plaisir à un autre, sans trouver repos ni satisfaction nulle part.
D’autre part la frustration de poursuivre un bien futur pour un lendemain qui n’arrive jamais leur fait dire « à quoi bon ? ». nous sommes dans une époque de dépendance au narcotique, qui est notre niveau de vie élevé, avec une stimulation complexe et violente des sens qui nous rend progressivement moins sensible et demandeur de stimulations encore plus violentes.
Ces « loisirs entractes » sont censés être la véritable vie et nous sommes disposés pour cela à nous accommoder d’existences et d’emplois ennuyeux. »

Alan W. Watts

Il faut accepter de regarder tous les « bords des gouffres » qu’on croise dans notre vie, affronter le vide qui apparaît aussi inquiétant qu’il puisse paraître.

« Comment vous représentez-vous ça : l’endroit où l’espace se termine ? »

Arno Schmidt

Mais qu’est ce vide, cette part d’incertitude en nous ? Pourquoi nous fait il peur ?
On a l’intuition que ce vide est ce qui nous éloigne de la sécurité, de la certitude et nous rapproche d’une dangereuse impermanence de notre être.

« Le vide, la nature de Bouddha, l’impermanence existent de toute éternité. Cela signifie que l’impermanence est immuable. Où que vous alliez, seule l’impermanence est immuable. »

Dainin Katagiri

Dans la nature seul l’humain semble s’interroger sur cette insécurité, sur cette impermanence, le reste du monde animal ou végétal s’en contente en « étant » tel qu’il est dans l’instant.

« Si, par exemple, un arbre veut démontrer ce qu’il est, il n’a qu’à fonctionner, à exister. Comment existe-t-il? Il existe en tant qu’impermanence, apparaissant et disparaissant au gré des saisons. De moment en moment, l’arbre s’explique par lui-même.

Tous les êtres veulent savoir qui ils sont; c’est l’état naturel du cœur de chacun – chercher à savoir qui l’on est.

L’arbre réel n’est rien d’autre qu’un être qui ne fait qu’apparaître. il n’y a rien à comparer, rien à critiquer, rien à juger. C’est l’arbre. »

Dainin Katagiri

Mais pour l’humain, la conscience qu’il a de lui même, l’amène non seulement à ne jamais savoir naturellement où est sa place et quand il s’y trouve, mais à être apeuré de ne pas trouver cette place.
Pour combler cette angoisse il va courir après des voies spirituelles ou psychologiques, voir dans des « paradis artificiels » ou des loisirs enivrants.
Mais cette angoisse n’est elle justement pas la chance de tous les possibles ?

« La fonction de l’humain, à la différence des animaux ne lui est jamais évidente. Un chat, semble installé, avec une simplicité souvent émouvante pour nous qui l’observons, en son propre être. Il n’a aucun effort particulier à effectuer pour demeurer dans ce qu’il est, libre de l’angoisse de l’avenir. Au contraire, l’humain est souvent déchiré. Il est séparé de son innocence. c’est tout son drame, mais aussi, pour autant qu’il en fasse l’épreuve, sa chance ou tout au moins son possible. l’homme est souvent inhumain, ou tout au moins en deçà de sa propre humanité. Nous ne vivons pas nativement dans une complète adéquation avec nous mêmes.

La maladie, la mort d’un proche, une rupture sentimentale, nous exposent à notre propre fragilité.

Notre inquiétude n’est pas un problème dont nous devrions nous délivrer; elle est une marque inhérente à notre humanité qui exige d’être explorée. Notre société développe un grand nombre de moyens pour nous faire oublier cette inquiétude fertile. Nous épuisons notre vie à la gagner pour ensuite nous divertir par des loisirs qui nous abrutissent.

Nombre de voies de développement personnel, thérapeutiques et religieuses, qui cherchent à nous permettre de répondre à cette aspiration, en vérité nous en détournent. Toute approche qui tente d’apporter le confort et de minimiser l’inquiétude relève du « matérialisme spirituel ». si une quête spirituelle vise au confort, elle n’est qu’une autre forme de matérialisme. La catastrophe c’est que le matérialisme s’est désormais camouflé sous un masque idéologique ou spirituel.

Les religions trahissent presque toujours l’aspiration qui a présidé à leur naissance et qui a du être de nous rendre plus libres. »

Fabrice Midal

Notre réponse doit se trouver dans cette impermanence, tout inquiétante qu’elle puisse être, c’est elle qui nous ouvre à plus, pour autant qu’on accepte de la vivre plutôt que de la fuir.

« Nous devons nous connaître nous-mêmes en fonctionnant dans le domaine de l’impermanence. Notre corps et notre esprit ne sont rien d’autre qu’impermanence.

L ‘impermanence est la nature de Bouddha. La nature de Bouddha naît dans ce monde et la nature de Bouddha y meurt. Cela signifie que si vous comprenez réellement ce qu’est le moment, alors l’arbre est réellement un arbre. Une personne est juste une personne.

De ce point de vue, tout s’adonne constamment à la pratique.

Quand vous vous manifestez tout de suite et ici même en étant un avec zazen ou avec votre activité, c’est la nature de Bouddha qui se manifeste dans le domaine du vide ou de l’impermanence. »

Dainin Katagiri

La pratique de la méditation nous offre la possibilité de nous ouvrir à cette impermanence, comme l’oeuvre alchimique recrée en laboratoire le processus de la Création, dans l’assise nous nous ouvrons avec précaution au début, à cette insécurité, à tous ces possibles, à cet infini, sans rien rejeter, sans rien fuir.

« Dans le domaine de l’impermanence, zazen surgit comme une bulle. Mais cette bulle appelée zazen n’est pas vraiment une bulle. C’est un moment en soi parce que cette bulle apparaît à la surface du moment. Le moment que vous comprenez est déjà une bulle.

Il est pur surgissement. C’est ce qu’on appelle le vide, c’est le véritable sens de l’existence.

Il n’y a rien à comparer.

Il n’y a rien à dire, rien à ignorer.

C’est le portrait de votre existence.

Jour après jour, nous devons prendre soin de notre vie.

Aussi, si vous voulez savoir qui vous êtes, devez-vous prendre soin de votre vie quotidienne.

Prendre soin des actions humaines qui apparaissent et disparaissent dans le domaine de l’impermanence. Ce n’est pas une vision pessimiste, car prendre soin de soi-même dans le moment est la véritable activité humaine. »

Dainin Katagiri

Il s’agit donc bien de prendre soin de soi pour s’ouvrir au monde, aussi illimité qu’il soit, de s’ouvrir aux autres , aussi nombreux et différents qu’ils paraissent être.

Et ensuite, aussi impossible que cela puisse paraître, de s’engager dans cette vie, pour cette vie, dans cet instant.

Comme le disent les voeux de Bodhisattva :

« Même si les êtres sont en nombre infini, je fais le voeu de les sauver.

Même si les passions sont inépuisables, je fais le voeu de les trancher.

Même si les enseignements sont innombrables, je fais le voeu de les mettre en pratique

Même si la voie de l’éveillé est insurpassable, je fais le voeu de la réaliser. »

C’est cet infini impossible qui devient notre cheminement quotidien dans l’ordinaire

« voici le vrai chemin spirituel : consentir à la réalité »

Fabrice Midal

Mais cet ordinaire devient alors tellement vaste, comme est grand l’abre dans la nature, à sa juste place.

« Le véritable sens du vide, c’est l’immensité.

Votre existence ne se réduit pas à la petite échelle du monde elle est immense.

Mais si vous voyez le moment de votre seul point de vue individuel, elle devient limitée. »

Dainin Katagiri

🙂

Publicités

25 Réponses

  1. Si  » prendre un bain chaud  » n’est qu’un petit bonheur, on n’est pas exigent 😉
    Je ne dis pas qu’a contrario il ne faille pas chaque fois s’en trouver bienheureux, je pense simplement que prendre un bain chaud n’est qu’une élémentaire prise de soin de soi, et ces petits bonheurs n’ont rien à voir, me semble-t-il, avec une  » dépendance » et une fuite de la réalité, au contraire !
    Celui qui sait prendre soin de lui, se donner de la douceur, du bien être, être à l’écoute de ses besoins, et y répondre, ne va pas l’exiger (inconsciemment )des autres en étant désagréable ou agressif.
    Ce qui est compliqué dans notre civilisation, c’est qu’on associe presque toujours le fait de s’occuper de soi à de l’égoïsme. Je le vois bien avec ma fille qui est maman de 3 enfants, lorsqu’elle est épuisée et que je lui suggère de se donner un temps, un tout petit temps rien que pour elle. Mais elle n’arrive pas à lâcher, ilfautilfautilfaut. Bilan elle n’en peut plus, elle crie, tout le monde crie, tout le monde est stressé. Je ne dis pas non plus qu’avec trois jeunes enfants il faut passer son temps à se prélasser dans la baignoire 😉 mais juste écouter dans l’instant, comme tu dis, pas forcément pour affronter l’inconnu : ne serait ce qu’affronter le quotidien, c’est déjà un monde !

    • Oui, tu as raison, c’est ce dont je parlais : prendre soin de soi pour moins être en dépendance affective des autres,
      mais ce prendre soin, pour moi, doit à un moment servir à être utile au vivant 😉

  2. le Vide est Passionnant!!
    rien de plus actif!
    la théorie quantique nous réconcilie avec les pensées Taoïstes: le Vide est Fluctuation émergence et anéantissement de matière
    il « bouillonne » d’Energie!
    ((-:

  3. Je savais que j’avais un esprit de synthèse redoutable (c’est même parfois un défaut)… Mais à ce point, je ne l’aurais pas imaginé ! Mettre tout le sens de tout cet article en 8 lignes… Whaou !
    🙂

  4. Il est en nous  » une soif de ciel »..
    qui nous conduit à découvrir que nous le manifestons..chaque fois qu’en ne cherchant plus la chaleur qui nous manque, nous suivons ce manque pour trouver la chaleur, dans le fait même qu’elle n’existe pas .

    • En fait cette chaleur qui nous manque, c’est quelle capacité avons nous à nous la donner à la donner
      bien sûr nous ne sommes pas tous égaux, en fonction de nos histoires personnelles
      mais ma croyance est que nous pouvons toujours la partager 🙂

  5. —> Bonjour, cher Frédéric,

    Le véritable sens du vide, c’est le silence, c’est l’immensité de sa vacuité présente à chaque instant, mais à dire qu’une personne n’est qu’une personne, il n’est pas loin de penser qu’elle n’est qu’une personne, et dans le coeur de certaines personnes, il est un danger que de l’exprimer dans cette immensité…

    Bien chaleureusement, Jack qui te souhaite une douce continuation dans la joie et la paix du coeur.

  6. Bonjour Frédéric merci pour cet article. C’est vrai que la nature, les animaux se posent bien moins de questions sur ce qu’ils sont alors que nous, êtres humains, n’arrêtons pas… Et pourtant, oui, l’impermanence est dans tout alors pourquoi ne pas nous laisser ÊTRE tout simplement…? Belle journée à toi. Bisous

  7. Heureuse de ton retour et passionnée par ce que je viens de lire cher Lung-Ta – se répéter constamment que nous ne sommes plus ce que nous étions hier – que hier ne reviendra jamais – c’est quelque fois apaisant dans ce monde particulièrement barbare qui est le nôtre par force , plongès dans des situations si difficiles ( je généralise bien sûr )
    Combien il me serait insupportable d’avoir à endurer éternellement un Percepteur ( je ris bien sûr de cet exemple )
    Je te souhaite une heureuse année bienveillante envers toi et je t’embrasse cher Lung-Ta ( si tu savais combien je regrette de ne pouvoir acheter le petit livre de Zem – si je le trouvais en Fnac je saute dessus illico (rire ) Trop craquant

    • Je prends contact quotidiennement avec des tas d’éditeurs, peut être qu’un jour , un acceptera cette collaboration et que Zem sera édité et diffusé en librairie … 🙂

  8. Je relève ce passage qui m’a rappelé celui que je cite en dessous :
    « L ‘impermanence est la nature de Bouddha. La nature de Bouddha naît dans ce monde et la nature de Bouddha y meurt. Cela signifie que si vous comprenez réellement ce qu’est le moment, alors l’arbre est réellement un arbre. Une personne est juste une personne. »

    Comment concilier cette affirmation sur la nature de Bouddha et cette affirmation de S.S. Sakya Trizin en réponse à la question suivante :

    (Lu sur Buddhaline)
    http://www.buddhaline.net/spip.php?article188&var_recherche=Sakya%20Trizin

     »
    – Cela veut-il dire que le Bouddha est permanent ?

    Sa Sainteté Sakya Trizin
    – Oui, oui, le Bouddha est bien sûr permanent. Le Darmakaya (le corps de Vérité) est au-delà de la permanence et de l’impermanence. Le Sambhogakaya (le corps de Félicité) existe toujours. Le Nirmanakaya (le corps d’Emanation) est la Forme que le Bouddha prend sur cette terre, et il a l’apparence de l’impermanence mais il est toujours présent quelque part, sinon ici. »

    • Il faudrait demander à Katagiri et Sakya Trizin ! :mrgreen:

      Cette théorie des corps est largement au dessus de mes compétences de compréhension 😯
      Dans certaines théories bouddhiques il y a d’ailleurs plus que simplement 3 corps

      Je dirais que le corps d’émanation est la forme physique et donc soumis à l’impermanence
      le corps de Félicité est une sorte d’archétype mais faut il encore une conscience impermanente pour le percevoir
      enfin le corps de Vérité correspond pour moi à l’Esprit de Bouddha et en effet au delà du concevable, au dela du permanent/impermanent, cela est

      Et toi qu’en penses tu ?

  9. Il est vrai qu’un bon bain chaud dans le cadre précédemment donné représente surtout les petits bonheurs OCCIDENTAUX et que malgré ce positionnement « relaxant » destiné au très utile bien-être personnel, il reste possible, dans un bon bain chaud d’accéder à la reconnaissance que notre corps et notre esprit ne sont rien d’autre qu’impermanence.
    Le cheminement existentiel offre de nombreuses opportunités pour percevoir et découvrir que « notre existence ne se réduit pas à la petite échelle du monde… qu’elle est immense. »
    Découvrir aussi, de quelque manière que ce soit selon le chemin que l’on emprunte, que notre sentiment, notre sensation d’exister se trouve dans La Vie même mais qu’il n’est pas La Vie Elle-Même…
    Cesser de dire, « c’est Ma vie » et considérer avec joie que l’on peut la percevoir en toute ses manifestations mouvantes, impermanentes, et être apte à s’en émerveiller incessamment, c’est peut-être déjà un pas vers la compréhension du véritable sens de l’existence… et d’en finir doucement mais sûrement avec les limitations du seul point de vue individuel.

    Infiniment merci Lung Ta

    • en fait c’est en effet excessivement simple
      il suffit de vivre :mrgreen:
      mais notre complexité qui est une richesse, fait qu’on le rend compliqué en s’attachant à des images, des mirages, des fantasmes

  10. On découvre ce coté obscur de la peur, on accepte la fragilité qui est notre lot.On se prepare à vivre.

  11. Bon Soir Frédéric. Un superbe texte, une superbe réflexion agrémentée de citations plus puissantes les unes que les autres ! Juste merci pour ça ! Cela fait pas mal de choses à dépasser tout cela, mais si nous prenions la vie avec un peu plus de simplicité, sans chercher les soucis là ou ils n’existent pas et nous les inventer, tout en sachant apprécier cette chance que nous avons de vivre dans ce précieux corps humain dans la pleine conscience que chacun de nous recherche le bonheur…. alors, la vie serait plus facile non ? Je te souhaite une très belle et agréable soirée

    • Bien d’accord
      mais alors pourquoi la plupart du temps la plupart d’entre nous (et moi le premier) ne le faisons nous pas ?
      parce que nous nous attachons à l’image de notre petite personne comme centre du monde immuable, ce qui est faux et entraîne un raisonnement faux et de la souffrance
      mais bonne nouvelle : on peut en sortir
      c’est toute la pratique du bouddhisme, dernières des 4 nobles vérités 🙂

  12. « consentir à la réalité » est bien la réalité à consentir !
    C’est pragmatique, efficace, tellement vrai !!! cela laisse entrevoir la souffrance de ceux qui souffre enfin si on ne souhaite pas l’ignorer et donc avoir l’occasion de préter secour, develloper des vertus, de la compassion, et si tout cela tourne dans le …vide…tant pis!

  13. […] on est plus à l’écoute des douleurs et qu’on se repose immédiatement, ou faire cela est fuir ce qui surgit […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :