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L’autogestion (petite histoire résumée)

  Peinture de MATHIEU COLLOGHAN « ] [Vote (à l'unanimité) de la grève] - Peinture de MATHIEU COLLOGHAN

L’autogestion de quoi s’agit-il au juste ? Est-ce « une vieille lune », sur fond de nostalgie soixante-huitarde ? Ou s’agit-il plutôt d’une question redevenue très actuelle, à travers des pratiques mutiformes et des aspirations vivaces, tant dans le monde du travail que dans la commune ? Nous partons d’une première hypothèse : l’autogestion est à la fois un moyen et un but.

Mais alors comment la relier à la question de la prise de pouvoir et en quoi doit-elle être au coeur d’un projet alternatif au capitalisme ?

Nous partons d’une seconde hypothèse : ni consécutive au « grand soir » ni consécutive à une « révolution par les urnes », l’autogestion précède et prépare les ruptures ; l’autogestion n’est cependant généralisable que combinée au terme d’un processus, celui d’une révolution longue.

Enfin, l’autogestion invalide-t-elle la nécessité de structures organisées : associations, syndicats, forces politiques ?

C’est parfois ce que nous entendons autour de nous, et il y a quelques raisons à cela.

Nous pensons l’inverse : s’organiser est encore et toujours nécessaire, les structures collectives demeurent indispensables.

Mais c’est la fonction de ces structures, leur rôle et leur rapport à la société qu’il nous faut repenser.

L’AUTOGESTION DANS L’HISTOIRE : PRESENTE DANS CHAQUE CRISE ET DANS LES DEBATS DU MOUVEMENT OUVRIER

De la Commune de Paris (1871) à la Révolution polonaise (1980-1981), à l’Est comme à l’Ouest, l’autogestion est présente à tous les rendez-vous des crises révolutionnaires de la fin du XIX° siècle et du XX° siècle, ces moments où la question du pouvoir politique est posée à la suite de très fortes mobilisations populaires.

Dans un tel contexte, l’autogestion n’est jamais un a-priori idéologique, jamais une décision d’état-major.

L’autogestion est toujours une réponse immédiate et collective, une réponse concrète à un problème concret : la vacance du pouvoir « en bas » qui entraîne un processus de remise en route de la production ouvrière et paysanne par les travailleuses et les travailleurs eux-mêmes/elles-mêmes.

On retrouve ainsi l’autogestion, de manière plus ou moins forte, non seulement dans les deux exemples déjà cités, mais aussi entre-autres dans la double révolution russe de 1917, dans l’Italie des conseils du début des années 1920, en Catalogne en 1936, à la Libération en 1944 (en France et en Tchécoslovaquie par exemple), dans la Révolution hongroise de 1956, à l’occasion du Printemps de Prague en 1968, au moment de la Révolution des Oeillets de 1974-1975 au Portugal…

Plus loin de nous sur le plan géographique, l’autogestion est aussi présente dans l’effervescence de la Révolution algérienne en 1962-1963 au lendemain de l’indépendance -il s’agit d’une autogestion paysanne-, au moment de l’Unité populaire au Chili (1972), au tout début de la Révolution iranienne de 1979 (avant que la chape de plomb des mollahs ne confisque cette révolution), au Chiapas après l’insurrection zapatiste de 1994.

A chaque fois, le déploiement de ces expériences autogestionnaires prend fin quand arrive le reflux, ou à fortiori en cas de contre-révolution : l’autogestion généralisée est incompatible avec le capitalisme ou l’ordre bureaucratique.

A l’intersection des crises révolutionnaires et des débats du mouvement ouvrier, il y a le cas yougoslave et sa singularité : en 1950, l’autogestion est mise en place après la rupture entre Tito et Staline, elle devient une référence officielle à l’échelle d’un Etat, la Yougoslavie.

L’autogestion yougoslave est à la fois une autogestion « par le haut », sous la direction de l’Etat et du « parti unique » (la LCY), et une autogestion « par le bas » : celle de la mobilisation et des aspirations populaires dans la continuité de l’extraordinaire résistance autonome ayant libéré la Yougoslavie du fascisme en 1944-1945.

L’expérience yougoslave est d’une formidable richesse : on en retiendra en terme d’acquis et de limites, le premier schisme dans le mouvement communiste avec une référence autogestionnaire, l’autogestion au coeur du système économique et politique, mais aussi l’autogestion corsetée dans le système du « parti-Etat » et du « parti unique », et l’articulation non-résolue entre plan, marché et autogestion (question qui nous interroge encore aujourd’hui).

L’autogestion est toujours présente dans les débats du mouvement ouvrier mais c’est souvent une présence « en creux » : elle est inassimilable par les courants majeurs que sont la social-démocratie et le stalinisme tout au long du XX° siècle, et elle est suspecte aux yeux de l’extrême-gauche classique de type trotskyste ou maoïste dans leur apogée des années 1960 et 1970.

L’autogestion ne sera défendue qu’à la marge et dans les courants critiques des partis sociaux-démocrates et staliniens, et par les courants libertaires (la faiblesse majeure de ces derniers étant de ne pas établir de lien entre l’autogestion et une stratégie transitoire posant la question du pouvoir politique).

Le cas de la France est cependant spécifique : l’autogestion deviendra après mai 68 une référence revendiquée par des secteurs de plus en plus larges du mouvement ouvrier, sur le plan politique et syndical : le PSU et de manière plus ou moins ambigüe une partie de l’extrême-gauche (ambigüe car l’autogestion est renvoyée « aux lendemains de la révolution », sauf pour les libertaires et les marxistes autogestionnaires de l’AMR), puis par le PS qui tente de capter sur le plan électoral la radicalité d’alors, par le PCF enfin de manière très formelle ; et surtout par la force montante du syndicalisme dans les années 1970, vers laquelle affluent de nouvelles générations attirées aussi par l’écologie, le féminisme et le « soutien aux immigrés » : la CFDT.

Mais l’autogestion ne se limite en aucun cas à des expériences uniquement liées aux crises révolutionnaires : elle existe aussi dans des périodes de forte conflictualité sociale, ou même en période de reflux social ou politique

Ainsi, dans l’après mai 68, l’autogestion sera la réponse des travailleurs/travailleuses de Lip en France à partir de 1973, avec un impact international (« On fabrique, on vend, on se paie ») et la démonstration faite qu’ « un patron a besoin des ouvrier-e-s mais que les ouvrier-e-s n’ont pas besoin de patron », ou encore de Lucas Aerospace en Angleterre, expérience moins connue mais passionnante : dans ce cas, c’est aussi le contenu de la production qui a été remis en cause (et posée ainsi la question de la reconversion, en l’occurrence d’une production militaire à une production civile) par le plan alternatif élaboré en 1976 par les salarié-e-s, avec l’aide d’experts extérieurs à l’entreprise.

Plus proches de nous dans le temps, les expériences elles-aussi passionnantes de la mine de charbon de Tower Colliery au Pays de Galles (mise en lumière par le film de JM Carré, « Charbons ardents », 1999) à partir de 1994 ; ou encore de la coopérative ouvrière de Mondragon au Pays Basque aux racines anciennes et souvent considérée à partir de 1985 comme la plus importante coopérative ouvrière au monde

L’expérience de Mondragon n’est pas isolée : elle symbolise ce qu’on pourrait appeler « l’autogestion discrète », c’est-à-dire la persistance et le développement, en dehors des crises révolutionnaires et des périodes de forte conflictualité sociale, de pratiques autogestionnaires au travers du mouvement coopératif.

Les limites et les contradictions du mouvement coopératif, inhérentes à la pression du contexte capitaliste, n’empêchent qu’au travers de ce mouvement s’expriment des aspirations autogestionnaires, la volonté de vivre dès aujourd’hui d’autres relations sociales, un autre rapport au travail, qui préfigurent et préparent le projet alternatif et la société autogestionnaire de demain.

Lire l’article en entier sur le site des Alternatifs (je tacherai d’en passer d’autres extraits plus tard)

🙂

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13 Réponses

  1. Bien en relation avec ces questions cruciales un texte aussi incisif et drôle qu’intéressant de Seb Musset.
    Il semble redouter un changement de stratégie du système.
    Et je me demande si son intuition n’est pas fondée.

    http://sebmusset.blogspot.com/2009/08/salarie-upgrade-toi.html

    • En effet il est demandé dans les grandes entreprises encore plus de soumission que d’efficacité et le salarié est une marchandise qui est gérée en flux tendu par de nouveaux statuts, tels l’externalisation, l’autoentreprenariat etc…
      C’est pourquoi il me semble que la simple lutte pour préserver des acquis d’un statut qui n’existe quasiement plus dans un contexte actuel est voué à l’échec, car tout le monde reconnaît son inadaptation et du coup il n’y a plus de rapports de forces collectifs qui se créent, mais il faut penser la modification du contexte, et c’est en quoi l’autogestion, les scoop et autres, sont des moyens pour faire changer le contexte et des fins en soi dans un contexte économique revu.
      On peut rêver…. si cela aide à agir 🙂

  2. En passant… petit bonjour depuis un cyberg-café!

  3. La peinture semble indiquer qu’il s’agit de Colloghan MAPA…

    • il s’agit bien en effet de MATHIEU COLLOGHAN, c’est marqué au dessus de la peinture (je n’ai pas compris pourquoi cela est passé au dessus ❓ 😦 ) et en cliquant sur la peinture cela renvoit à son blog avec toutes ses magnifiques oeuvres
      bon je vois que tu le connais ! super 🙂

  4. l’autogestion durable ! est fatalement incompatible avec les sysytème politique édictés jusqu’à present; puisqu’il s’agit de faire passer les interets d’un tier ou d’une communauté avant ces propres « interets ». (ce que ne font evidement pas les politiques). Un outil pourrait largement favorisé un tel système Internet (acces à une VRAI démocratie direct) ou aussi autogestion de la planète ( ressource, dépenses, profit !) C’est un peu ce qui se passe !

    • je suis plus prudent sur le pouvoir de liberté et d’autogestion par le net
      il est bcp moins libre qu’on ne le pense, très surveillé, voir censuré, suivant les pays, grâce à l’appui des grandes compagnies (MS Google.) qui emêchent l’accès à certains sites pour conserver des parts de marché dans les dits pays (ex : Chine)
      il permet de plus communiquer, mais regardons ce qui s’est passé avec l’Iran, où il y a eu des communications par le net des manifestations alors que les autres circuits médiatiques étaient coupés, cela leur a t il apporté bcp plus de soutien ?
      pourtant les manifs (surtout de nuit sur les toits) continuent en ce moment !
      prudence donc….

      • D’accord avec toi, d’ailleur sans cela il y a aussi le piratage! qui empecherait toute validation d’un vote au niveau national; Perso je crois plus à l’élévation du « niveau » de conscience de la planète via tous les moyens qui le permettent télé, média, internet., ainsi que chacun puisse exprimer de la créativité relié à la vérité interieur que nous possédons tous! que chacun puisse insuffler du positif ! J’ai été plus que déçu pour les iraniens! aprés un tel siège ne rien obtenir ! Certain lieu sont voués à ne pas s’ouvrir notement ceux liés au pouvoir religieux et militaires. Je ne veux pas dire par là qu’il faut ne rien faire ou ne rien dire, la compassion la générosité, l’action, reste prépondérante dans le chemin de vie. J’aimerais tant ne plus entendre les horreurs qui passent dans le poste mais c’est ainsi.
        Chaleureusement

  5. Les animaux sociaux ne connaissent d’autre mode d’organisation que la recherche du mâle alpha, du dominant pour les guider. C’est un peu ce que nous avons tendance à faire en France.
    Mais les mammifères supérieurs (par ex., dauphins, éléphants et humains) ont compris que sacrifier son intérêt immédiat au bénéfice des autres, de la coopération et de l’entraide était plus payant sur le long terme.
    Les systèmes mutualistes, coopératifs et autogestionnaires sont dans cette mouvance.
    Mais le vieux fond animal hiérarchique et pyramidal refuse de s’avouer vaincu et tente toujours de réinvestir le champ. D’où le sabotage de l’autogestion par le PS et le PC qui n’en voulaient que dans le cadre de leur autoritarisme.
    Il faut revenir à ces notions d’anarchie saine (on respecte les lois non parce qu’il y a un flic armé d’un bâton derrière nous, mais parce qu’on n’a pas envie de vivre dans un monde de sauvages soumis à la loi du plus fort) qui ont généré ces mutuelles et ces coopératives qui continuent à fonctionner aujourd’hui.

    • Rien à rajouter, merci ! 🙂
      Sur ton site tu parles de ton blog, mais je n’ai pas réussi à trouver son adresse, peux tu nous la communiquer ?
      J’avais mis ton site en lien sur Zem mais pas sur ce blog, c’est maintenant corrigé
      🙂

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