Quel bouddhisme engagé ?

tibet

Le bouddhisme dans son adaptation au monde occidental se cherche dans son implication sociale. Les grandes religions qu’on peut trouver en France, sont apparues à des époques où le champ du social était guère occupé par l’Etat. Toutes prônant l’amour de son prochain ou la nécessité de faire l’aumône, de fait elles ont pris une place plus ou moins importante dans ce domaine social mais toujours d’une manière caritative : une personne « aisée » et ayant le désir d’aider, assiste une personne plus défavorisée. De la même manière le bouddhisme a pris ce rôle dans le monde oriental. Mais que peut il en être en occident ?

En fait on peut déjà voir une différence entre les pratiquants d’origine orientale et ceux d’origines occidentales. Les premiers sont communément investis dans ces oeuvres caritatives, tournées le plus souvent vers leur communauté. Les autres, cherchant encore plus ou moins consciemment les voies de l’occidentalisation de la pratique bouddhique, n’ont pas encore trouvé toute leur place, en tant que bouddhises,  dans l’engagement social.

Certains vont vers le système caritatif, désirant par exemple apporter à manger aux plus démunis . Mais cela pose plusieurs problèmes il me semble.

Tout d’abord ce domaine est déjà bien occupé par des associations qui ont bien plus d’expérience et d’ancienneté. Cela amène la question de savoir si les bouddhistes doivent créer un nouvel organisme  “purement” bouddhiste ou faire de « l’entrisme » dans ceux existants. En fait il doit y avoir déjà à peu près autant de bouddhistes se donnant au bénévolat de tout ordre que de bénévoles en France en général (+/- 20 / 30%).

Ensuite, la vision caritative est-elle adaptée à la vision du monde du bouddhisme ? En effet dans le bouddhisme nous sommes tous interdépendants, il n’est pas de séparation entre celui qui donne et celui qui reçoit, or cette vision caritative est historiquement marquée par la différence de statuts entre les deux. Il faudrait donc mettre en place une nouvelle façon de donner de soi, de son temps, où l’on partage avec l’autre, où l’on reçoit autant qu’on donne, même si c’est sur des plans différents. Cela existe déjà, de la pédagogie de la conscientisation de Paolo Freire qui prend « l’autre » pour un humain complet qui peut l’ignorer, au travail d’associations telles ATD quart monde dont des intervenants vivent de la même manière et au milieu des plus défavorisés par la société.

C’est en fait toute une vision de l’approche sociale qui est à construire, qui ne peut aller de pair, avec un désir d’actions immédiates dans l’instant sans temps de réflexion préalable.

D’autres bouddhistes ont trouvé légitimement un combat social et politique dans le soutien au peuple tibétain ou birman face aux exactions commises. Mais on entend souvent le même reproche : « c’est bien de faire pour ceux qui sont loin, mais pour ceux qui sont proches de nous ? ».

Certains groupes ont des actions originales comme les Zen Peacemakers qui méditent dans la rue avec les SDF ou à Auschwitz.

Enfin un certain nombre de pratiquants, pense qu’on doit, de principalement à exclusivement, travailler sur soi-même pour améliorer la société, laissant alors de facto, à leur souffrance ceux qui sont le plus en difficulté ?

En tant que bouddhistes ne devons nous pas nous baser sur les concepts basiques du bouddhisme : l’interdépendance, l’impermanence et L’Eveil, comme sur les 5 préceptes pour agir concrètement sur le monde ? De même que le pratiquant du Mahayana suivant la voie du Bodhisattva va chercher à aider les êtres souffrants sans attendre d’avoir atteint « la 10ème terre de Boumi », de même nous pouvons commencer à aider des êtres vivants à se sortir de leur souffrance sans attendre d’être en capacité de « sauver tous les êtres ».

Par cette interdépendance nous avons à trouver des moyens d’actions collectives et systémiques qui agissent globalement, du politique à l’individuel en passant par le social, des pratiques non-violentes pour respecter entre autre, le premier des préceptes. Nous devons prendre le temps de construire ces outils et ces moyens tout en commençant à agir dans les contextes et les domaines qui nous sont les plus proches, du niveau familial au niveau politique, en passant par le contexte de quartier à celui professionnel ou social.

(Un article de Eric Rommeluère sur le bouddhisme engagé
des sites -hélas anglophones pour la plupart, le site francophone restant à venir :
Les Buddhist Peace Fellowship
La Green Sangha
L’International Network Engaged Buddhists
Le Network of Engaged Buddhists
Prison Dharma network
Zen PeaceMakers)

10 réponses

  1. j’ai toujours trouvé que si on donne, en fait on reçoit. Dans la vision de la non-dualité, on donne à l’autre, mais comme l’autre est le même, on donne à soi même, en quelque sorte.
    mais même dans le dualisme, si on donne à l’autre, on se sent mieux, nous mêmes! le fait de donner, est pour recevoir souvent, le sourire ou la gratitude de l’autre, et cela nous fait du bien. Donc en fait, le donneur, est un reçeveur, et l’interdependance est bien visible.

    Les boudhistes en France, ou ailleurs, savent faire cela encore plus que dans les autres religions, je trouve!

    • En effet on donne à plusieurs niveaux
      on donne pour recevoir, la gratitude, la reconnaissance
      on donne sans attente, parce que l’autre souffre
      on donne, parce qu’en effet par l’interdépendance, il n’y a pas de séparation, et se donner est la vie

      Merci Shandora

  2. En fait c’est plus un état d’esprit, l’engagement est au quotidien et les occasions sont nombreuses…Tous nos comportements ont des incidences oui écologiques, mais aussi le placement de notre argent (banques solidaires), sociales (ou on vit comment quoi faire), ensuite militer…

  3. il existait un superbe site sur le bouddhisme engagé malheureusement disparu KARUNA LA COMPASSION EN ACTION
    Ii disait que si l’on est bouddhiste, on est necessairement engagé
    mon blog Camino, mon chemin spirituel, méditer et agir pour un autre monde possible

    veut essayer de retrouver cette philosophie de Karuna

    voir ici tout le bien que j’en avais dit
    http://michel1955.blogspot.com/2009/02/karuna-la-compassion-en-action.html

    « Disciples laïcs du bouddha Il nous appartient d’ œuvrer à la justice et à l’éradication de la misère… »

    Et je vous invite toujours sur mon blog à aller voir la rubrique “Ainsi l’ai-je entendu… des textes de Maîtres Bouddhistes… très engagés”

    un lotus pour vous toutes et tous

    • Oui C’était un bon site, nous avions eu l’occasion d’échanger un peu, et j’avais repris de ses textes sur notre site collectif d’information INVENTERRE
      ëtre bouddhiste c’est être engagé, en effet très sûrement, puisque pour plagier un peu Térence, on pourrait dire que “Rien de ce qui est humain ne m’est étranger.”
      Mais en même temps ce langage peut devenir un langage de la facilité :
      “je suis bouddhiste, donc engagé, donc je n’ai rien à faire de particulier, ma pratique se suffit en soi-même”
      Un exemple est la pratique tantrique tibétaine de Tong Len
      Pour certains faire une telle pratique est d’aider tous les êtres à moins souffrir
      Or une telle pratique nous aide à moins vivre séparé des autres, de prendre conscience de la nature de Bouddha en chacun de nous et qui nous unit et donc par voie de conséquence d’agir avec plus de compassion et d’amour dans notre quotidien, mais c’est parce qu’il y a cette conséquence que c’est agissant, sinon ce n’est qu’une pratique ésotérique personnelle.

      On dit bien que le bouddhisme a besoin de deux ailes pour prendre son envol , comme les oiseaux, ces deux ailes sont la sagesse et la compassion, qui ne sont que les deux versants d’une même colline, mais chercher la théorie, la pratique personnelle sans redonner dans la société, sans chercher à faire diminuer concrètement la souffrance des êtres vivants serait vouloir voler sur une seule aile !

      Pour info à tous, ton site est en lien dans la colonne de droite dans la catégorie Dharma (4ème image, celle de Bouddha en méditation)

      chaleureusement

  4. Sagesse et compassion les 2 ailes du bouddhisme, il y avait là dessus un tres bel article de Tinh-Y sur Karuna que je n’ai malheureusement pas pu récuperer avant sa fermeture.

    peut être est il sur Inventerre ? toujours est il que je teremercie du lien et que je vais aller le visiter

    j’aime beaucoup la pratique de ton glen, donner et recevoir et l’inclut à la fin de mes méditations sous cette forme un peu transformée… j’inspire je prends en moi toute la souffrance du monde pour en avoir la comprhension profonde, , j’expire je fais le voeu de mettre fin à cette souffrance et de la transformer en bonheur.

    et ensuite… puisse je par ma pratique de la générosité et des autres paramitas, devenir moi même un bouddha, afin de liberer tous les êtres des souffrances et des causes de la souffrance.

    la sagesse c’est ce qu’il me faut acquerir, pour éviter comme je le fais actuellement de me crever en me dispersant un peu partout et internet y contribue largement

    un lotus pour toi
    Michel

    Agir sur soi afin d’agir dans la société, consommer autrement, agir par la consommation,
    devenir consom’acteur pour ne plus être (con)sommateur…

    et merci d’avoir mis mon blog dans tes favoris

    • Trouver la sagesse d’être authentique, c’est à dire de ne faire que ce qu’on peut, mais d’une manière utile et solidaire, pas si facile dans ce monde où même l’information et la communication est liée à la consommation (internet)

      Des pratiques comme Tong Len sont en effet superbes si elles servent à changer qq chose dans le quotidien
      Il faut abandonner l’idée qu’elle sert à apporter le bonheur aux gens d’une manière ésotérique (leurs pbs seraient dissous remplacés par de la lumière, le DalaÏ Lama lui meme le dit régulièrement dans ses interventions, que le but de la pratique est sur soi, sans qu’il sache si elle sert à qq chose pour les autres) c’est donc dans le quotidien qu’elle doit nous amener à changer notre regard, chaque personne rencontrée devient consciemment pour nous une personne qui cherche le bonheur et qui pourtant souffre, voir fait souffrir et nous devons l’aborder avec ces “informations” et non pas d’une manière égotique

      chaleureusement

  5. si sa Sainteté le dit lui même….

    Pourtant à chaque retraite à chaque enseignement que ce soit dans les centres Tibetains (meme à Lavaur qui de l’école gelupa du Dalai Lama) ou aux pruniers (Zen vietnamien) on dépose des “intentions” à l’égard des êtres proches qui souffrent…

    je sais que personnellement cela me fait un bien interieur fou que de savoir qu’en envoyant collectivement des ondes positives à cet être, c’est plus puissant que de le faire tout seul…
    comme quoi on arrete pas d’apprendre…
    un lotus pour toi

    • Je ne dis pas qu’il ne faille pas pratiquer Tong Len (je le pratique très régulièrement) ou avoir des intentions ou pensées pour ceux qui souffrent (je le fais quotidiennement) mais au contraire comme je l’explique ici c’est que si on ne sait pas l’efficacité de telles pensées et pratiques elles ont deux objectifs : d’abord nous amener à être concrètement dans le quotidien de plus en plus compatissant, car nous prenons conscience que nous ne sommes pas les seuls à souffrir et que nous pouvons aider les autres, ensuite la personne qui sait que qqn pense à elle, peut trouver en elle la force de développer des moyens de guérison, alors que celle qui se sent isolée, délaissée, peut baisser les bras et donc son système immunitaire
      Nos pratiques sont alors humanitaires et immunitaires :lol:
      Le fait de le faire collectivement rajoute de la force à ces deux faces de la pratique

      d’un autre côté si on pouvait soigner les gens par la pensée et la compassion, il faut quand même se dire que Bouddha , Jésus et autres, l’auraient fait dans leur grande compassion, et on serait moins emmerdés aujourd’hui avec nos pbs
      s’ils ne l’ont pas fait, c’est qu’on est chacun responsable de ce qu’on fait et que qqn d’extérieur ne peut nous sauver si on ne se bouge pas
      Je me souviens d’une scène de Jésus était son nom la grande fresque un peu kitch de Robert Hossein , un passage m’avait marqué, Jésus parlait à ses compagnons, arrive sur scène un lépreux avec une crécelle, tous les disciples se tournent vers lui puis vers Jésus, sous-entendu “vas y coco fait un miracle” et Jésus repart dans son blabla aux disciples
      surprise !
      le lépreux continue sa démarche tout le long de la scène avec sa crécelle
      et à mi chemin Jésus va vers lui, fait abracadabra et le soigne
      pour moi c’est vraiment un beau symbole qu’on ne peut être sauvé mais qu’on doit toujours à minima fait la moitié du chemin vers la guérison et là l’aide extérieur est efficient

  6. « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots » (Martin Luther King, extrait du discours du 31 mars 1968) merci Zem tse pour cette citation que je viens de reprendre sur mon profil facebook

    un lotus pour toi

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